AccueilCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Vol’jin : Le jugement

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Deborah Cinestra
Invité


MessageSujet: Vol’jin : Le jugement   Mar 7 Fév - 12:31

Voici un long texte, qui est juste magnifique et triste quand même.

Pourquoi je le propose ? Simplement car c'est intéressant, de plus Deborah est en lien avec les Loas. Le récit permettra d'en savoir plus aussi sur eux.

Elle raconte l'histoire de Vol'jin, des Loas et des Sombrelances.
Celle-ci a été écrite par le scénariste de blizzard, Brian Kindregan.



Revenir en haut Aller en bas
Deborah Cinestra
Invité


MessageSujet: Re: Vol’jin : Le jugement   Mar 7 Fév - 12:47

Vol’jin : Le jugement





Le jeune troll était accroupi sous la pluie et regardait fixement l’endroit où le chemin disparaissait dans les sombres broussailles de la jungle devant lui. La lumière du soleil ne pouvait pas traverser ce feuillage, pas plus que la brise. On appelait cette partie de l’île le Foyer originel, et personne ne s’y aventurait à part les chasseurs des ombres et les inconscients.

Vol’jin n’était pas un chasseur des ombres.

Il sentait l’eau ruisseler entre ses orteils. La pluie était violente, et chaque goutte qui frappait son dos le poussait vers le Foyer originel. Parfois, les chasseurs des ombres en revenaient, mais jamais les inconscients. Derrière Vol’jin, un autre troll s’abritait sous une grande feuille de palmier.

Zalazane n’était pas davantage un chasseur des ombres.


« On n’est pas prêts, constata Zalazane en mâchant bruyamment un morceau de viande de kommu. Le jugement, c’est pour les trolls plus vieux qui ont déjà accompli de grandes choses. Nous, on est que des jeunes riens du tout. »

« Moi je suis juste jeune, c’est toi le rien du tout. » Vol’jin rit et se leva. « Il faut y aller, Zal. Mon papa, il a regardé dans le feu la nuit dernière pendant des heures, et maintenant il fait comme si sa fin allait arriver. Je crois qu’il a eu une vision. Les choses, elles vont changer, et y faut qu’on soit prêts. »

« Tu crois que les loas, ils vont faire de toi un chasseur des ombres ? »

« Ils vont me juger, ça c’est sûr. Me mettre à l’épreuve. Mais je sais pas ce que ça veut dire. »

« On dit que les loas, ils vont prendre nos esprits, ajouta Zalazane, l’air sombre. Ils vont nous leurrer et se jouer de nous et nous donner des visions. »

« Beaucoup d’épreuves, il paraît. Si les loas, ils me jugent digne, je serai un chasseur des ombres, répondit Vol’jin. Et sinon… rien ne pourra nous sauver. »

« Oh, moi je vais beaucoup les impressionner. » Zalazane sourit d’un air entendu. « Mais pour toi, ils vont se moquer. »

Il fit tranquillement quelques pas dans la boue pour rejoindre son ami. Ils se fixèrent pendant un instant, avant de sourire de toutes leurs défenses. Pendant toute leur enfance au village des Sombrelances, cela avait toujours été le signe certain que Vol’jin et Zalazane s’apprêtaient à faire quelque chose de particulièrement stupide.

Dans un grand cri, ils se précipitèrent tête baissée vers le Foyer originel, et se frayèrent violemment un chemin à travers les lianes et racines crochues. Cet endroit n’était que promesses de mort, qu’elle soit lente ou rapide, mais ils étaient jeunes, et persuadés qu’ils ne pouvaient pas vraiment mourir.


***

Mais c’était là que demeuraient les loas. Les esprits des anciens qui avaient transcendé la mort pouvaient accorder des dons prodigieux tout comme infliger de terribles châtiments. Les loas pouvaient donner à un troll le don de double vue, ou le rendre fou pour qu’il s’arrache lui-même les yeux. Leur jugement était brutal, rapide et imprévisible.

Vol’jin et Zalazane coururent pendant quelque temps, et tous deux commencèrent à se demander si les légendes au sujet du Foyer originel n’avaient pas été exagérées. Il ne semblait pas y avoir là de grande menace. Deux énormes feuilles barraient le chemin devant eux. D’un coup sec, ils se glissèrent chacun d’un côté, dévoilant une grande plante carnivore : un nambu. Des lèvres velues s’ouvrirent largement, prêtes à se refermer sur eux. Des dents fibreuses frémirent avec impatience dans la gueule béante, et Vol’jin ne put s’arrêter à temps. Il se jeta sur sa gauche, frôlant le nambu sur le côté.

Battant l’air en zigzag, il dérapa contre quelque chose de dur avec des écailles. Il recula en chancelant, étourdi, et secoua la tête. Ce quelque chose se retourna et s’avéra être un raptor très en colère et très grand — de loin le plus grand que Vol’jin ait jamais vu. Il tomba en arrière, conscient que le nambu était quelque part derrière lui. Il entendait d’étranges sons étouffés qui devaient provenir de Zalazane, mais Vol’jin avait perdu la trace de son ami.

Le raptor fonça tête baissée sur Vol’jin, qui culbuta sur sa gauche. D’immenses mâchoires se refermèrent là où il se trouvait un instant plus tôt. Des filets de salive tombèrent de la bouche de la créature. Le nambu réagit à ce mouvement à la vitesse de l’éclair : il referma ses dents sur le raptor puis versa son poison dans la chair de l’animal. Vol’jin n’avait que quelques secondes pour profiter de cette diversion : il leva son glaive et contourna le nambu, évaluant la situation. Zalazane était de l’autre côté de la plante et se débattait violemment dans un nid d’insectes alchu qui fourmillaient sur son corps et le couvraient de piqûres. Il n’allait pas pouvoir l’aider pendant un certain temps.

Le raptor arracha le nambu du sol, racines comprises, et l’envoya au loin. La bête fixa ses yeux minuscules et pleins de rage sur Zalazane, car les mouvements frénétiques du troll avaient attiré son attention.

Il n’y avait pas de temps à perdre. Vol’jin poussa un cri de guerre en frappant violemment l’animal de son glaive. La chair s’ouvrit sous son coup : une traînée de sang apparut le long de l’échine du raptor. Hurlant de rage, il se retourna et d’un coup de tête envoya Vol’jin dans le feuillage. Vol’jin ne voyait plus rien, le visage enfoncé dans les feuilles humides et collantes. Il sentit le sol trembler alors que la bête chargeait. Vol’jin recula en chancelant sur sa droite, et sentit une nouvelle fois les mâchoires du raptor à quelques centimètres de lui. Il débarrassa son visage des feuilles qui le gênaient juste à temps pour voir le raptor reculer pour se précipiter une nouvelle fois sur lui.



Il entendit Zalazane, de l’autre côté du raptor, qui criait et faisait du bruit.

Vol’jin recula tant bien que mal, n’osant pas tourner le dos à la bête. Il vit Zalazane attaquer depuis l’autre côté, mais le raptor donna un coup de queue qui fit trébucher le troll. La manœuvre ne fit gagner qu’une seule seconde à Vol’jin, mais cela allait devoir suffire.

Il bondit sur le raptor et lança ses longs bras autour de son cou. Pendant un instant terrifiant, il resta le visage pressé contre la mâchoire inférieure de la bête et sentit son souffle ébouriffer sa crête. Puis il parvint à grimper autour du cou du raptor et serra les genoux sur ses omoplates.

Le raptor se mit à hurler et lança une ruade. Zalazane se releva et frappa la patte griffue de la bête avec son bâton. Vol’jin entendit des os se briser. Il serra le cou encore plus fort et plaça la lame de son glaive contre la gorge de la créature.

Le raptor avait renoncé à s’occuper de Vol’jin et avançait vers Zalazane, en traînant sa patte cassée. Zalazane recula lentement, mais Vol’jin sentit les muscles de la bête se tendre. Il ne restait que quelques secondes.

Vol’jin donna un coup violent et sentit le glaive trancher le muscle et l’artère. Le sang jaillit tel un rideau écarlate lorsqu’il ressortit son arme en décrivant un grand arc de cercle. Le raptor chancela d’un côté, puis de l’autre avant de tomber à terre, la bouche à quelques centimètres des pieds de Zalazane. Vol’jin se dégagea.


« C’était quoi ? haleta Zalazane. Le plus grand raptor que Zalazane il a jamais vu. »

« Peut-être qu’un loa il le possédait ? Notre première épreuve ? »

« Je crois pas, mec. » Zalazane avança vers la gorge dégoulinante du raptor, ignorant les dernières convulsions de la bête. « On le saura quand l’épreuve elle viendra. » Il forma une coupe avec ses deux mains qu’il remplit du sang du raptor avant de s’en couvrir le visage.

« Tu fais quoi ? » demanda Vol’jin.

« De la magie noire, mec », répondit Zalazane en apportant les touches finales à son masque de sang et en se léchant les doigts. Il fit signe à Vol’jin de l’imiter.

« J’ai pas envie d’avoir sur moi une odeur de sang dans cet endroit », fit Vol’jin. Zalazane retira un insecte qui était collé sur lui et le lança sur Vol’jin. Sans se démonter, Vol’jin attrapa la bestiole et la lui renvoya.

« Nous, on va sentir comme le sang de quelque chose de gros et méchant. On va avoir une odeur de peur et de danger », dit Zalazane en envoyant un autre insecte. Il avait récemment commencé à travailler avec maître Gadrin, le chef des féticheurs des Sombrelances, et semblait très sûr de lui.

Vol’jin se débarrassa de l’insecte et alla prendre un peu du sang qui s’écoulait toujours du cadavre de la créature.

« Ça pourra nous sauver, observa Zalazane. Mais pas des loas. »

« Pas des loas », acquiesça Vol’jin en étalant le sang chaud et collant sur son visage. L’odeur en était âcre. « Mais de toute façon, on va survivre à ce jugement seulement en défiant les loas. En faisant face à ce qui se présente. »

« Ouais, mec. »

« Aïe ! » Vol’jin baissa les yeux, ressentant une douleur soudaine. Pendant qu’il avait fermé les yeux pour étaler le sang, Zalazane avait posé trois insectes furieux sur sa poitrine.

« Quand moi je serai un chasseur des ombres, dit-il à Zalazane, les loas, je leur demanderai de te tuer.

« Ce jour-là, j’aurai mes propres pouvoirs.»Zalazane rit.

***
Revenir en haut Aller en bas
Deborah Cinestra
Invité


MessageSujet: Re: Vol’jin : Le jugement   Mar 7 Fév - 13:02



La nuit était tombée. La jungle était sombre en permanence, et Vol’jin ne reconnut la nuit qu’à la fraîcheur de l’air et aux nuages d’insectes au bourdonnement menaçant qui passaient par grandes vagues. Des moustiques aussi gros que sa main étaient à la recherche de proies. Vol’jin et Zalazane étaient assis au sommet d’une petite élévation. D’un côté, une pente abrupte donnait sur des rochers tranchants. Ils avaient marché jusqu’à ce que leurs pieds leur fassent mal et que leur souffle ne soit plus que des halètements étranglés. L’air était lourd et immobile.

« Elle est bizarre, l’épreuve », murmura prudemment Zalazane. « On se promène et on tue des bestioles. Où ils sont les loas ? »

Vol’jin était sur le point de répondre quand un frisson lui parcourut l’échine et qu’il ressentit une présence. Un loa se trouvait sur l’élévation avec eux. Il ne le voyait pas, et il ne sentait pas son odeur, mais les poils dressés sur sa nuque lui indiquaient qu’il était là. Un regard lancé à Zalazane lui montra le même sentiment de pure terreur dans les yeux de son ami.

Puis il ressentit la douleur. Pire que celle d’une fracture ou d’un coup de poignard. Plus puissante et profonde que toute la douleur que Vol’jin avait jamais ressentie, elle envahit son esprit et rendit impossible toute réflexion.

Une voix lui parla en murmurant. « La falaise, disait-elle sans un son. Les rochers, plus bas. Ils vont arrêter la douleur. Rapide. Facile. » Vol’jin se rendit compte que c’était vrai : il pouvait atteindre le bord de la falaise en un instant, et la douleur prendrait fin. Le seul autre choix était de l’endurer.

Vol’jin ferma les yeux et l’endura.

Au bout d’une éternité, son corps lui échappa. Il flottait, libre de toute sensation. Une vision se forma devant lui. Il était là, plus âgé, plus sûr de lui. Il contemplait la vision de loin et en même temps il l’habitait. Un groupe de trolls sombrelances s’étendait devant lui. Ils marchaient à travers un étrange paysage de roche orange où la végétation était rare. Une grande ville se dressait au loin, toute en angles et en pointes. Des tambours de guerre résonnaient et un épais rideau de fumée couvrait la ville. D’étranges créatures vertes et trapues, habillées d’armures élaborées, étaient déployées devant eux. Quelques créatures différentes, de grande taille et hirsutes, dotées de sabots, observaient depuis un côté.

Vol’jin s’approcha du chef des créatures vertes : force et sagesse se lisaient sur son visage. Ils se serrèrent la main comme des égaux et sourirent. Des mots entrèrent dans l’esprit de Vol’jin.

Orcs. Orgrimmar. Taurens. Thrall.

Les créatures vertes firent des gestes de bienvenue, et les Sombrelances posèrent leurs fardeaux, avec un air de soulagement… mais aussi de défaite.


« Pourquoi ? » demanda une voix. Vol’jin sentait la voix dans ses os ; elle grondait à l’intérieur de lui. « Pourquoi tu mènes ton peuple à l’assujettissement ? Il vaut sûrement mieux se battre seul et dans la fierté, mourir seul et dans la fierté. »

« Non, répondit Vol’jin en considérant la question dans tous ses détails. Les Sombrelances, ils devraient toujours être libres et fiers. Mais on doit être vivant pour être libre. Si on est mort, on a perdu. Mieux vaut attendre son heure, endurer. On est une race ancienne, mec. On endure. »

Il ressentit la vérité de ces paroles tout en les prononçant. Il avait toujours été le stratège parmi ses amis, celui qui résolvait les problèmes avec finesse. Sa détermination à survivre et à l’emporter était forte.

« Tu es sage pour quelqu’un de si jeune, dit la voix. Les Sombrelances, ils vont souffrir ; ils vont se battre. Pour eux, endurer, c’est survivre. » La vision disparut devant lui, révélant ce qui ne pouvait être que le loa : une sphère brillante dont émanaient une sagesse et une tristesse très anciennes, quelque chose de passé et de terni. Quelque chose qui se cachait dans le Foyer originel depuis bien avant la naissance de Vol’jin. Des images et des formes nageaient et disparaissaient sous sa surface. Vol’jin eut à peine le temps de remarquer le loa avant qu’il ne disparaisse. Le monde changea autour de lui.

« Je te donne la vue », dit la voix, de plus en plus faible. Vol’jin se retrouva de retour sur l’élévation. Zalazane était là.

« On peut voir les loas. On peut les voir ! » Zalazane exultait. Les deux trolls échangèrent un sourire.

« Peut-être qu’on survivra jusqu’à demain », fit Vol’jin.

« Toujours trop d’espoir, toi », rétorqua Zalazane. « On n’a pas fini. Gadrin, il a dit qu’il y a beaucoup de leçons à apprendre. Le jugement, il est compliqué. Les loas, ils nous réservent bien d’autres choses. »

***


« Les loas, ils t’ont montré quoi ? » demanda Vol’jin. Zalazane et lui étaient assis autour d’un feu et faisaient rôtir un kommu à la broche. De la graisse coulait des os de l’animal jusque dans le feu, grésillant et crépitant. Plusieurs jours s’étaient écoulés, autant que Vol’jin puisse en juger, et le feu était un luxe déraisonnable. Mais la faune et la flore semblaient les laisser tranquilles, comme s’ils portaient la marque des loas. Cette pensée n’était pas aussi rassurante qu’elle aurait dû l’être.

« J’étais un puissant féticheur des Sombrelances », raconta Zalazane. « Nous étions dans un pays étrange, en train de lutter. Notre survie était menacée, mec. On avait besoin d’être fort et on l’était pas. Des temps difficiles pour tout le monde, et surtout notre chef. Je sais pas qui c’était le chef, mais c’était pas ton papa, mec », dit doucement Zalazane. Puis il sourit. « Je deviendrai un féticheur ! »

« Je t’ai menti, Zal », dit Vol’jin. Il sentit l’attention de Zalazane se porter instantanément sur lui, même si l’autre troll attendait simplement que Vol’jin poursuive. Ils se connaissaient tous les deux depuis toujours, et l’un n’avait jamais menti à l’autre à propos de quelque chose de sérieux. « Mon papa, il ne s’est pas seulement comporté de façon bizarre. Il m’a parlé d’une vision. Il m’a dit que je devais aller passer le jugement. Qu’il n’y avait pas une minute à perdre. »

« Il t’a dit que nous, on devait y aller ? »

« Pas nous. Juste moi. Je l’avais jamais vu comme ça, Zal. Il voulait rien savoir, il fallait seulement que je parte. Il était tellement pressé, mais quand je suis parti… je me suis retourné vers lui. »

« Ouais ? »

« Et il m’a regardé comme s’il n’allait jamais me revoir. Comme s’il m’envoyait à la mort. »

« Alors toi tu t’es dit que tu allais me tuer aussi ? » demanda Zalazane, affichant un sourire malicieux. Il serait toujours capable de remonter le moral de Vol’jin. Ils pourraient toujours s’aider l’un l’autre.

« Je suis pas prêt, Zal. Je pouvais pas faire ça seul. Mais j’ai pensé qu’ensemble, on… » Vol’jin entendait la voix de son père dans sa tête tout en parlant. Faible, aurait dit Sen’jin. Faible et mou. Aucun chef des Sombrelances peut être comme ça. La vie, elle est trop dure, même ici sur notre île.

« Ensemble on est plus fort. C’est OK, mec. Je t’aide quand tu es faible. » Zalazane sourit pour adoucir ses paroles. « Toi tu m’aides toujours. On fait ça ensemble. »

Vol’jin ouvrit la bouche pour répondre, mais se figea lorsqu’il aperçut une lueur dans la jungle. Un autre loa, encore plus primitif et inconnaissable, brillait à travers le feuillage. Il était loin, mais il appelait Vol’jin à lui. Vol’jin se leva d’un bond et partit à travers les arbres.

« Tu vas où, mec ? » cria Zalazane, mais Vol’jin poursuivit son chemin. Il ne pouvait pas laisser filer le loa. Alors qu’il s’était approché de la lumière en trébuchant à travers les branches, le loa disparut, et Vol’jin se retrouva seul dans la pénombre de la jungle.

Enfin, il aperçut la lueur révélatrice sur sa droite. Il se mit à courir et balaya de côté feuilles et racines tandis qu’il se précipitait vers le loa. Lorsqu’il écarta la dernière branche, l’esprit disparut une nouvelle fois.

Il attendit, reprenant son souffle quelques instants, et se rendit compte qu’il ne servait à rien de rester immobile. Le loa l’avait laissé seul dans les ténèbres suffocantes du Foyer originel. Il n’allait pas entrer dans le jeu du loa. Il n’allait pas le laisser le balader parmi les arbres. Peut-être qu’il allait trouver le loa avant que celui-ci ne le retrouve. Il se déplaça à travers les denses broussailles avec encore plus de prudence, prenant garde à chaque pas. Il n’avait aucune idée d’où il se trouvait par rapport au campement, mais cela lui était égal. Trouver le loa était synonyme de survie. Ne pas le trouver était synonyme de mort. Le loa était la seule chose qui comptait.

***

Il s’arrêta dans une clairière. On voyait à cet endroit des fragments de ciel à travers la canopée — des taches plus sombres qui contrastaient avec le dôme de la jungle, d’une couleur plus douce. Il chercha à calmer sa respiration afin de rester discret et scruta les arbres. Il ne voyait rien. Peu à peu, comme s’il se réveillait d’un profond sommeil, il prit conscience d’une sensation de chaleur sur son dos.

Il se retourna : le loa était derrière lui, à une dizaine de centimètres. Il était si proche que Vol’jin voyait des tentacules brillants se déplacer sous sa surface. La lueur du loa s’agrandit jusqu’à remplir son champ de vision.

Il se retrouva dans une caverne, une sorte de tunnel, et le chemin devant lui se séparait en deux. Dans chaque branche du chemin se trouvait une vision de lui-même.

Dans l’une d’elles, il était assis sur un trône coulé dans l’or le plus pur. Autour de lui se trouvaient d’énormes rôtis enveloppés dans des feuilles de palmier, des chopes de la meilleure bière de la jungle, et des trollesses qui dansaient pour lui. Il avait l’air heureux et en bonne santé. Une minuscule chaîne dorée allait de sa cheville à un pied du trône. Dans l’autre vision, il était blessé et saignait, l’air hagard, entouré d’ennemis. La vision était brumeuse et changeait continuellement, mais il était toujours en train de se battre, toujours en train de lutter. Parfois, il menait d’autres Sombrelances ; parfois il combattait seul ; mais le message était clair : une vie de lutte et de conflits permanents, sans repos, toujours plus de massacres.


Vol’jin rit. « Et ça, c’est censé être une épreuve, puissant loa ? Trop facile. Moi je choisis la liberté. Je me bats et je lutte, et peut-être que je trouverai jamais le bonheur, mais je choisis la liberté. »

De très loin, la voix basse, primitive du loa parvint jusqu’à lui. « Ce choix n’était pas l’épreuve, petit frère. Si tu avais hésité, si tu avais seulement eu besoin d’y réfléchir, si tu avais été tenté même une fraction de seconde, tu aurais échoué. » Vol’jin frissonna en entendant le ton du loa. C’était comme si échouer l’aurait condamné à la mort, ou pire.

La vision de la caverne s’estompa, et Vol’jin se retrouva dans une tribune surplombant une arène. Il regarda ses mains. C’était les siennes, mais vieillies : elles portaient les cicatrices et les cals causés par de nombreuses années de dur exercice militaire. Autour de lui se trouvaient des rangées d’anciens et de combattants de la tribu Sombrelance. Derrière eux étaient assis des orcs, des taurens, et d’autres races. Tous regardaient, fascinés, deux créatures en train de se battre. Un orc brun à la redoutable hache et un tauren armé d’une lance. Tous deux n’étaient vêtus que d’un pagne et leurs corps étaient huilés pour le combat. Une nouvelle fois, des mots entrèrent dans son esprit : Garrosh et Cairne. Hurlesang et lance runique.

Les deux combattants avançaient et reculaient dans l’arène. L’orc brun saignait en plusieurs endroits, tandis que le tauren était indemne. Grâce à son nouveau don de vision, Vol’jin voyait également les loas partout. Ils étaient présents en masse dans les airs et flottaient autour des extrémités de la vision. Ils étaient rassemblés et dans un état de grande agitation. Ce moment avait visiblement de lourdes implications pour le peuple de Vol’jin, et peut-être tout Azeroth.




Sous le regard de Vol’jin, l’orc abattit sa hache en un grand arc de cercle. L’arme émit comme un hurlement quand l’air siffla à travers les sillons taillés sur son côté. Le tauren leva sa lance pour parer, mais ce ne fut pas suffisant : la hache brisa la lance et érafla le tauren.

Tous deux s’arrêtèrent pendant un instant. L’orc était presque trop grièvement blessé pour tenir debout, alors que le tauren avait à peine une égratignure. Pourtant ce fut le tauren qui vacilla, les mains tombant le long de ses flancs. Un morceau de lance tenait à peine entre ses doigts inertes.

L’orc leva son arme et chargea. La hache émit un sifflement qui emplit l’arène. L’orc l’abattit sur le cou du tauren.

Vol’jin sentit une vive douleur lui transpercer le cœur à la vue du coup porté au tauren. Il comprit qu’il s’agissait d’un sentiment de tristesse véritable qui résonnait à travers le temps depuis le Vol’jin de cette vision, causé par la perte d’un ami et d’un ancien respecté.

Le tauren s’effondra. Avant qu’il ne touche le sol, le monde commença à marcher au ralenti. Les sens de Vol’jin se mirent en alerte, et il eut l’impression que l’univers entier venait de prendre son souffle, comme dans l’instant qui précède un cri.

Les loas étaient en rage. Ils sifflaient et murmuraient. Ils allaient et venaient à toute vitesse, vociféraient dans ses oreilles et passaient à travers lui. Personne d’autre n’avait encore réagi. Les autres témoins étaient immobiles. Le tauren était toujours en train de tomber vers le sol, et le sang giclait autour de lui.

Puis Vol’jin comprit.


***
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité


MessageSujet: Re: Vol’jin : Le jugement   Mar 7 Fév - 13:13

Du poison. Soudainement, il eut une révélation : la hache était empoisonnée, et ce qui s’était passé était injuste. Ce n’était pas la façon de faire de ces gens.

Le tauren toucha le sol dans un grand bruit sourd. Tout se déroula de nouveau à la vitesse normale. La foule criait son adulation et son indignation.

Tout disparut, et une nouvelle vision se forma. Il la voyait, et il en faisait partie. Il était une nouvelle fois à la tête d’un cortège de trolls. Ils portaient leurs affaires, l’air déterminé. C’était toujours l’étrange paysage orange. Regardant par-dessus son épaule, il vit la grande ville de la vision précédente. Elle était plus sombre, et davantage hérissée de pointes. Des orcs étaient alignés en haut du rempart et observaient le départ des trolls d’un air maussade et menaçant. Vol’jin ressentit un profond malaise ; il y avait autre chose qui le gênait dans cette vision. Soudain, il sut.

Zalazane n’était nulle part avec lui.

Où est Zal ? se demanda Vol’jin. Mon ami, j’ai besoin de lui, maintenant plus que jamais.

Vol’jin ressentit appréhension et doute dans son cœur, dominés par une colère froide et la volonté de sauver les Sombrelances des temps dangereux qui les attendaient.


« Tu as dit à mon frère qu’il vaut mieux survivre, dit le loa, même si ça veut dire être faible, pour pouvoir se battre un autre jour. Mieux vaut endurer que mourir dans la gloire. » La voix arracha l’esprit de Vol’jin à la vision ; elle vibrait dans sa poitrine. C’était la voix de quelqu’un qui avait vu des triomphes et des horreurs plus grands que Vol’jin n’en connaîtrait jamais. « Maintenant tu emmènes les Sombrelances loin de la sécurité d’Orgrimmar ; tu risques une alliance qui apporte la force. Tu ne sais pas te décider ? »

Vol’jin hésita. On lui posait une question très importante, et il ne disposait d’aucun contexte. Pourquoi ferait-il cela ? Il regarda autour de lui. Son peuple était en colère, effrayé, déterminé, nerveux. Il regarda à nouveau en haut du mur.

Son regard tomba sur Garrosh. L’imposant chef de guerre observait la scène depuis les remparts, affichant un air sévère, mais l’ombre d’un sourire de satisfaction se lisait sur ses lèvres. Sa silhouette en armure se découpait sur le ciel, et la lumière frappait un rude tatouage noir sur sa mâchoire inférieure.

C’était une brute particulièrement douée pour la violence et la guerre, mais qui ne comprenait rien à la diplomatie ou à l’art du compromis.

Et Vol’jin sut.


« J’ai conduit les Sombrelances ici pour protéger nos corps, répondit-il. Nous restons en vie pour combattre un autre jour. Mais ce n’est que nos corps. Y a une chose que les Sombrelances ils peuvent pas perdre, loa, que nous ne perdrons jamais, et c’est notre âme. Les Sombrelances ont une âme, et si nous restons avec cet orc, et suivons ses ordres, nous perdons notre âme. Et là, impossible de revenir en arrière. »

« Les Sombrelances doivent survivre, mais ça, ça vaut rien du tout s’ils perdent leur âme. Les Sombrelances, ils doivent être fidèles à eux-mêmes, dit la voix. Tu entends tous les loas maintenant. Tu nous entendras toujours. Tu as appris comment écouter. »

Vol’jin ouvrit les yeux. Il était couché sur le sol toujours boueux de la jungle. Plusieurs sortes d’insectes construisaient joyeusement des cocons de boue sur son corps. Il était encore à côté du feu, qui était bas. Aucun signe de Zalazane, comme dans la vision. Vol’jin s’assit avec peine.

Un instant plus tard, Zalazane surgit de l’obscurité en boitant et s’assit à côté de lui. Ils restèrent les yeux fixés sur le feu en silence pendant quelques secondes.


« J’ai vu… » Zalazane hésita. « Je me suis vu moi mener des combattants hors de la tribu. Le chef, il était si faible, il nous a fait capituler, mec. Je suis devenu le nouveau chef, et la tribu, elle s’est coupée en deux. » Zalazane refusait de regarder Vol’jin.

« Qui c’était, ce chef, Zal ? T’as dit que c’était pas mon papa, mais ça doit être quelqu’un qu’on connaît. »

Zalazane ne regardait toujours pas Vol’jin.

Vol’jin ramassa une branche et tisonna le feu. « Assez avec ces épreuves » furent ses seuls mots.

***


Vol’jin faisait les cent pas autour du feu. Il était agité et en colère, prêt à tuer quelque chose. Il était déchiré par les différentes émotions qui l’envahissaient. Son monde perdait toujours plus de son sens à chaque moment qui passait. Et maintenant son amitié avec Zalazane — la seule chose sur laquelle Vol’jin avait jamais vraiment compté en dehors de l’amour de sa tribu et de son père — était sur le point d’éclater.

« Ça suffit, annonça-t-il sans regarder Zalazane. Je pars à la chasse. On a besoin de nourriture, et moi j’ai besoin de tuer. » Il sortit son glaive et se glissa dans les sombres broussailles. S’aventurer seul dans l’endroit le plus dangereux de l’île était exactement ce qu’il lui fallait.

C’était être fort.

À côté du feu, Zalazane commença une incantation vaudou à voix basse. Dans la pénombre, Vol’jin entendit devant lui une petite branche se casser. Une créature de grande taille cherchait à rester discrète. Vol’jin sourit, les lèvres pressées contre ses défenses et les doigts frémissants sur son glaive.

Il avança et sentit les poils fins des grandes feuilles d’upka caresser son visage. Il entendit à nouveau le bruit, cette fois sur sa gauche. Il décrivit un cercle afin que la créature reste sur sa droite.

Une nouvelle fois, il entendit un mouvement dans la végétation sur sa gauche. Soudain, il comprit. La créature le traquait. Il n’y avait qu’une chose à faire : charger.

Des branches et des racines s’agrippèrent à lui tandis qu’il les franchissait en trombe avec un cri guttural. Devant lui, un autre troll se dressait de toute sa stature.

Vol’jin fonça sur lui et ils tombèrent tous deux à la renverse. Il plaça son glaive au niveau du cou de l’autre dans l’obscurité. Chaque troll de l’île était un Sombrelance et un ami, mais Vol’jin avait entendu depuis tout petit des histoires sur les vils Gurubashi, et tout était possible en cet endroit.

L’autre troll leva la tête, et ses traits apparurent dans un rayon de lumière provenant du feu au loin. C’était Sen’jin, le propre père de Vol’jin.


« Papa ? » demanda Vol’jin, sous le choc, en libérant de son poids le troll allongé sur le ventre. Sen’jin sourit et poussa Vol’jin. Le plus jeune des deux trolls atterrit dans la boue en riant.


Sen’jin se leva d’un bond, fit tournoyer son bâton et visa la poitrine de Vol’jin. Vol’jin lut l’intention de tuer sur le visage de son père et s’éloigna en se tortillant, évitant de peu un coup qui aurait enfoncé ses côtes dans son cœur. Vol’jin se releva avec précaution, restant sur ses gardes, mais n’attaqua pas.

« Papa ? demanda-t-il. Qu’est-ce qui va pas ? » Sen’jin se contenta de sourire et forma un redoutable arc de cercle au ras du sol à l’aide de son bâton. Vol’jin le franchit en sautant, mais Sen’jin profita de son élan pour lancer un coup de tête dans la poitrine de Vol’jin.

Vol’jin tomba comme une masse, le souffle coupé. Il roula sur le dos, pantelant. Sen’jin avança jusqu’à lui et fit à nouveau tournoyer le bâton.

« Papa, pourquoi tu fais ça ? J’ai échoué, c’est ça ? Je comprends pas ! » supplia Vol’jin.

Sen’jin marqua un temps d’arrêt. « Tu ne te bats pas parce que tu crois me connaître ? Tu es faible. »

Et sur ces mots, il frappa le bâton sur la main écartée de Vol’jin. Chaque once de force du troll plus âgé avait contribué au coup, et la main de Vol’jin fut fracassée. Son pouce, pris au piège sous le reste de la main, subit le plus gros du choc. Ses os étaient en morceaux, et le pouce s’était enroulé sur lui-même comme une griffe.

Son cerveau ne parvenait pas à faire sens de la situation. Vol’jin roula sur le côté et saisit sa main droite de sa main gauche. Tout à partir du poignet était fracturé, et le pouce était une masse informe. Il était en état de choc, et il sentait s’évanouir la réalité de son environnement. Il vit les grands pieds nus de Sen’jin s’éloigner dans la jungle.


« Papa! » appela-t-il. Sen’jin ne s’arrêta pas, ne ralentit pas, ne se retourna même pas. Les broussailles remuèrent, et il était parti. « Papa ! » Vol’jin retomba, les yeux fermés, en tenant son bras.

Au bout d’un moment, il reprit le contrôle de son esprit et regarda sa main. Le pouce était complètement détruit. Son glaive était par terre dans la boue, le métal brossé éclaboussé de terre et de sang.

Sa main allait guérir. Mais le pouce serait déformé. Vol’jin ne lancerait jamais un couteau de cette main, ne tiendrait jamais de glaive. Ne chasserait jamais, ne ferait jamais signe d’attaquer.

Mais il y avait un moyen de réparer cela. Il savait qu’il y avait un moyen.

Vol’jin respira profondément, prit le glaive dans sa main gauche et le souleva haut au-dessus de sa tête. Il allait le faire les yeux ouverts. Il abattit le glaive en un long et gracieux arc. La lame traversa dans un souffle la peau et l’os de sa main droite ; la chose brisée et déformée qui avait été son pouce s’envola dans les ténèbres.

Il avait envie de hurler de toutes ses forces, mais il se mordit les lèvres jusqu’à ce qu’elles saignent, en se balançant d’avant en arrière. Il resta silencieux. Le pouce allait repousser comme il faut. Tous les trolls recevaient des loas un certain pouvoir de régénération. Ils pouvaient faire pousser de nouveaux doigts et orteils, même si les parties du corps plus complexes telles que les membres et les organes allaient au-delà de leurs capacités. Cela allait prendre un peu de temps, mais il serait à nouveau parfaitement valide.

Il commença à distinguer une lumière à l’extrémité de son champ de vision, et il se demanda s’il était sur le point de perdre connaissance. Mais la lumière était de plus en plus vive.

Vol’jin regarda au-dessus de lui.


***
Revenir en haut Aller en bas
Deborah Cinestra
Invité


MessageSujet: Re: Vol’jin : Le jugement   Mar 7 Fév - 13:17


Un loa brillait non loin. Sa lumière était éclatante. Plus forte et comme plus neuve que celle du loa ancien et méfiant qu’il avait vu auparavant. Il y avait chez lui quelque chose de familier. Il avait l’impression qu’il avait connu cet esprit, à une époque.

Au moment même où Vol’jin perçut la présence du nouveau loa, il se retrouva dans une vision. Il était sur une île recouverte de jungle, très différente de son milieu actuel.

Il se voyait lui-même tout en habitant le rêve. Il était plus âgé, plus sage, plus dur, et infiniment plus triste. Il menait un groupe de trolls à travers le feuillage.

La scène changea : il était en train de combattre un autre troll. Un féticheur au regard fou paré de fétiches et d’un collier de griffes en corde. Ils étaient engagés dans un combat à mort tandis que d’autres se battaient autour d’eux.

Le féticheur était Zalazane.


Le loa se mit à parler. « Tu combats un des tiens ? Un autre Sombrelance ? Ton ami d’enfance ? »

Vol’jin resta silencieux et se contenta d’observer le combat. La scène s’estompa lentement : ses couleurs déteignaient et coulaient comme des pigments frais sur une idole sous la pluie.

Pas Zalazane. Ils avaient passé toute leur enfance à courir, pêcher et se battre ensemble. Ils avaient construit des forts en terre, et la première fois qu’ils avaient tué, c’était la même bête. Zalazane savait des choses sur Vol’jin connues de nul autre. Ses peurs et ses triomphes. La fois où il avait pleuré à la mort d’un animal familier quand il était petit, ou le jour où il avait mis une raclée à un petit dur plus âgé — Zalazane avait toujours été là.

Vol’jin regarda ses mains. Le moignon lui donnait la réponse.


« Je tue tous ceux qui représentent une menace pour l’avenir des Sombrelances, dit-il. Peu importe qui c’est. La tribu est tout ; son avenir… tout. »

« Tu es sage, petit, dit le loa d’une façon qui semblait familière à Vol’jin sans qu’il ne puisse dire pourquoi. Tu n’as pas coupé ton pouce pour sauver ta vie ; tu l’as fait pour sauver ton avenir. Les Sombrelances doivent être farouches. Être vrais. Endurer. C’est jamais facile, mais c’est la seule voie possible. »

« Qui es-tu ? » fit Vol’jin. Il fallait qu’il demande.

Le loa ignora sa question. « Je te donne le pouvoir de communier avec les loas, déclara-t-il. On fait pas toujours ce que tu dis de faire, mais toujours on écoute. T’es un chasseur des ombres maintenant, troll. » Il disparut.

Plus tard, Vol’jin et Zalazane marchaient à travers les denses broussailles.

« L’avenir, déclara Vol’jin. Il est pas fixé d’avance. On est pas des pions sur un jeu. Si je tue un truc, il est mort parce que moi je décide. »

« Ouais, mec, approuva Zalazane. Dans mon voyage spirituel tout m’est apparu. On voit des chemins. Ils sont pas certains, c’est juste des possibilités. Si un troll est faible alors qu’il devrait être fort, p’têt’ qu’un autre troll il va se présenter. P’têt’ alors celui qui est faible… » Il détourna le regard de Vol’jin. Celui-là devient le méchant de l’histoire de celui qui est fort. »

« Mais si le premier il devient de nouveau fort, Zalazane ? »

« Je sais pas, mec. Y a du vaudou sombre dans tout ça. P’têt’ que les deux seront de grands chefs. P’têt’ qu’ils seront amis. Ou p’têt’ que le deuxième troll, il devient le méchant. »

« Zalazane, on va pas laisser ça arriver. On est amis, et on apprend des trucs. Toi et moi, mec, il faut qu’on endure, et qu’on soit vrais, et qu’on soit farouche. »

« Ouais », répondit Zalazane, mais sans grand espoir. « On y arrivera, Vol’jin. »

Vol’jin et Zalazane traversaient les broussailles et laissaient sans tarder le Foyer originel derrière eux. Ils commençaient à voir des signes familiers qui indiquaient que les terres des Sombrelances étaient proches.

Les visions et révélations des quelques jours passés s’estompaient rapidement. Vol’jin essayait péniblement de se rappeler des détails, mais à chaque pas qui l’éloignait du Foyer originel, les souvenirs s’amoindrissaient. Peut-être était-ce ce que voulaient les loas — ne laisser qu’une vague impression de ce qui était nécessaire. Seuls quelques mots demeuraient. Endurer. Vrai. Farouche.


***
Revenir en haut Aller en bas
Deborah Cinestra
Invité


MessageSujet: Re: Vol’jin : Le jugement   Mar 7 Fév - 13:30



Vol’jin et Zalazane n’étaient plus les mêmes. Ils se déplaçaient avec assurance, constamment à l’affût du danger. Ils s’étaient transformés à l’intérieur du Foyer originel. Ils étaient des gamins en y entrant, et ils en étaient sortis des prédateurs. Ils étaient dangereux, fiers, forts ; ils appartenaient à la tribu Sombrelance.

En approchant du village, ils commencèrent à remarquer des signes alarmants. Des feuilles piétinées, des taches de sang. Une odeur de fumée dans l’air.

Chaque sens dont disposait Vol’jin lui indiquait que quelque chose était différent. Un élément fondamental du cycle de la vie sur l’île avait changé pour toujours.

Il tendit une main, et Zalazane s’arrêta immédiatement. Ils étaient sur la route, à courte distance du village des Sombrelances. Il n’était pas encore visible, mais même les sons indiquaient que quelque chose n’allait pas. Vol’jin entendait des signes d’activité, le bruit de groupes qui coupaient du bois et donnaient des coups de marteau.

Vol’jin ferma les yeux et respira profondément, pour écouter les loas. Ils lui parlaient en murmurant, mais ils étaient encore difficiles à comprendre. Il apprendrait avec le temps.


« Je crois que notre village, il a été attaqué », dit-il à Zalazane, essayant de déchiffrer les messages des loas agités.

Zalazane ne fit que hocher la tête d’un air entendu. Il avait ses propres méthodes à présent, et leurs points de vue différents avaient créé un gouffre entre eux.

Ils avancèrent à nouveau, armes brandies, prenant garde à chaque pas.

Ils traversèrent le feuillage, et le village des Sombrelances apparut devant eux. Des huttes avaient été renversées, et il y avait des débris partout.

Des cadavres étaient soigneusement alignés le long de la limite du village. Des trolls se déplaçaient parmi les morts et les allongeaient dans des positions apaisées. Femmes et enfants étaient agenouillés ici et là à côté d’un corps, en sanglotant et en s’arrachant les cheveux. Un prêtre se balançait d’avant en arrière, les yeux fermés, bredouillant.

Les trolls, vivants ou morts, étaient tous des Sombrelances.



Vol’jin et Zalazane se mirent à courir vers le centre du village. Le désastre y avait été encore plus dévastateur. Ils passèrent à côté de nombreux Sombrelances, tous trop occupés pour les remarquer.

Près du lagon, ils virent des groupes de Sombrelances en train de construire des bateaux. Beaucoup de bateaux. Ces équipes organisées étaient très inhabituelles pour le mode de vie très décontracté auquel Vol’jin était habitué sur l’île.

Son pouls s’accéléra. Son peuple n’avait pas été conquis, mais pendant la courte période de son absence, les siens avaient changé.

Vol’jin et Zalazane s’arrêtèrent au centre du village, deux silhouettes immobiles dans un océan d’activité intense. Quelques trolls qui les croisèrent en toute hâte leur lancèrent des regards prudents et interloqués.

Les loas commencèrent à vociférer. Seul Vol’jin pouvait les entendre, mais il savait que quelque chose arrivait. Il scruta les environs et vit un troll approcher. Vol’jin et Zalazane se retournèrent pour faire face au vieux Gadrin, le premier des féticheurs de la tribu, qui avançait à grands pas vers eux.


« Les enfants, demanda-t-il. Où vous étiez ? Je croyais que vous étiez morts. »

« Pourquoi tu dis ça, maître ? demanda Zalazane. On a passé une semaine dans la jungle. »

« Une semaine ? Vol’jin, Zalazane… Vous étiez partis pendant trois mois. Il s’est passé tant de trucs. D’étranges créatures vertes, elles sont arrivées de l’eau — »

« Des orcs », interrompit Vol’jin.

« Oui, mec », dit Gadrin, surpris. Son ton se fit plus prévenant lorsqu’il poursuivit : « Ton père, Vol’jin… il a combattu la sorcière des mers, et il… »

« Il est passé de l’autre côté. Il est avec Bwonsamdi maintenant, maître Gad. Je sais. » Vol’jin perçut la vérité de ses paroles en les prononçant. Il savait que son père n’était plus parmi les Sombrelances. Tout du moins plus en tant que troll.

« On va suivre les orcs à travers la mer, continua Gadrin. La sorcière des mers, elle est trop forte. On peut pas rester ici. Ton papa, il a dit de partir. Mais ça va prendre du temps. Il faut qu’on prépare ça. »

« Je comprends, lança Vol’jin, empli d’une confiance soudaine. Je me charge de l’évacuation. »

« Et moi je vais aider » ajouta Zalazane en souriant.

Vol’jin sourit en retour à son ami. La chose la plus intelligente à faire serait d’envoyer Zalazane en avant-garde pour préparer la voie. Zalazane était son ami le plus fidèle et il s’acquitterait parfaitement de son travail. Mais une partie de Vol’jin se refusait à cette idée. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait le sentiment qu’il valait mieux garder Zalazane près de lui à présent.

Ils allaient s’aider l’un l’autre. Ensemble, ils pouvaient tout faire. Ils seraient vrais, et farouches, et ils allaient endurer.






Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: Vol’jin : Le jugement   

Revenir en haut Aller en bas
 
Vol’jin : Le jugement
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» [DCA 2010] [Nécron] Monolithe Jugement Dernier
» Taille de mon Monolithe jugement dernier Scratchbuilt
» La prison / salle de jugement
» "Jugement de Verena" et "Rôdeur nain"
» Jugement de Montréal 2011: Pinot Noir

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: Forums HRP :: Informations relatives-
Sauter vers: