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 [Histoire] Histoires oubliées

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MessageSujet: [Histoire] Histoires oubliées   Dim 5 Mar - 12:43


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Ils ne l'attraperaient jamais, quelle que soit la manière dont ils s'y prendraient pour le traquer. Le gamin n'était qu'une ombre vêtue de noir, à peine esquissée dans les ombres des rues. Il se mit à courir. Ses semelles éculées touchaient à peine le sol.

L'aboiement bestial des armes à feu le pourchassaient, trouait la nuit. Les balles étaient des insectes qui bourdonnaient à ses oreilles. Il sourit largement et accéléra encore. Tourner le coin. Dans une ruelle. Il fila à toutes jambes, en sautant par-dessus les flaques d'eau putride. D'un bond, il se faufila entre deux énormes bennes à ordures et s'accroupit aussitôt. Il fourra ses mains bronzées dans ses poches et baissa la tête, laissant les longues mèches de sa chevelure noire et sale masquer son visage. Il retint son souffle.

Puis il attendit, ombre parmi les ombres, pratiquement en état d'animation suspendue. Ses poursuivant déboulèrent dans la ruelle. Leur halètements saccadés fleuraient l'eau polluée et leur peau dégageait un remugle de sang, le sang d'autre personnes.  Ils se séparèrent en deux groupes qui s'égaillèrent vers la droite et la gauche sans songer à éviter de patauger dans les flaques d'eau croupie qui transformaient la ruelle en marécage de pavé. Le garçon du réprimer un sourire; grâce aux empreintes de leur bottes, suivre leur piste serait un jeu d'enfant.

 Un seul demeurait dans la ruelle. A sa respiration sifflante, au rythme affolé de son coeur, pas besoin de le voir pour savoir qu'il était trop gros pour pouvoir suivre ses misérables comparses dans leur course. Le garçon rouvrit les yeux, se releva silencieusement et quitta l'ombre protectrice. Il permit à la lame qu'il tenait en main d'attraper le reflet d'un réverbère tout proche et d'en frapper ces gros yeux.

 L'homme se retourna et se retrouva nez à nez avec un visage souriant, émacié, grondant. Son hurlement fit venir ses camarades. Le plus rapide ne mit que vingt secondes à réapparaître à l'entrée de la ruelle, mais quand ils s'y précipitèrent il n'y avait aucun signe de la présence du garçon. L'obèse qui appartenait à leur meute gisait sur le dos, dans une flaque d'eau de pluie, assombrie par l'épanchement tiède de son sang, tous les doigts tranchés, et le visage écorché jusqu'à l'os.

Il avait faim. Il pouvait détrousser les morts, leur prendre leur pièces et leurs billets pour s'acheter de quoi manger, il le savait. Comme il se savait assez rapide pour voler aux étalages des vendeurs de rues, s'emparer de leur fruits et de leur pain chaud sans se faire prendre. Son estomac noué se resserra encore et émit un grondement affamé. La dernière fois qu'il avait eu aussi faim, il avait essayé de boire son propre sang. Cela avait apaisé la douleur, mais l'avait laissé aussi faible qu'auparavant.

 Les rats ne suffisaient plus. Il lui fallait quelque chose de plus gros. Deux heures auparavant, il en avait attrappé un, mais il en avait besoin pour appâter son piège. Il dut faire appel à toute la force de sa volonté pour ne pas céder aux tourments que lui faisait subit son estomac, et dévorer cette vermine famélique, avec la peau et tous ces petits os qui craquent sous la dent.

 Finalement, trois chiens sauvages hirsutes et miteux se montrèrent à l'entrée de la ruelle et commençèrent à grogner et à se disputer le rat mort que le garçon avait laissé bien en vue. Des picotements d'impatience lui chatouillèrent la langue et un glot de salive tiède lui emplit la bouche. Il prit son couteau et s'élança.

...

Tapis sur le rebord d'une toiture, recroquevillé exactement comme la monstrueuse gargouille qui se dressait non loin de lui, il observait les étendues de la cité au-dessous. Ses haillons ne pouvaient le protéger d'avantage du froid. Il grandissait trop vite, si vite qu'il devait voler de nouvelles hardes chaques années. En vérité, il n'était plus un garçon. Il était déja aussi grand que ceux qu'il écharpait, tailladait et assassinat depuis cinq ans.

 Le territoire d'en dessous appartenait aux hommes et aux femmes qui portaient des larmes rouges tatouées sur le visage. Le plus souvent, il évitait leur domaine, mais ce soir les cries l'avaient attiré. Il les avait mis en garde, à plusieurs reprises. Il les avait prévenu qu'ils paieraient le prix du sang chaque fois qu'ils oseraient s'aventurer dans son fief. Mais ils venaient quand même. Ils venaient en meutes, tuaient les hommes des districts voisins et enlevaient les femmes pour leurs amusements et pour leur profit.

 Non. Il fallait en finir. L'homme en haillon se laissa glisser jusqu'en bas du toit et rampa le long de la muraille en s'aidant des aspérités de la pierre. Ses semelles se posèrent sur le sol de la ruelle avec la légèreté d'un spectre, et il s'en alla, dans ses guenilles de mendiant, voir pourquoi ils n'écoutaient pas ses avertissements.

 Ils avaient placés des gardes dans l'alignement d'usines abandonnés qui marquaient la frontière de leur territoire. Le premier, un homme accompagné d'un molosse galeux. Il le trouva en se laissant tomber d'une brêche dans un plafond en ruines. Le bonhomme se retourna, voulut lever son arme, mais l'homme en haillons lui brisa l'articulation du coude, puis lui planta une dague de verre brisé en travers de la gorge. Le chien gronda et montra les dents, mais recula, trop effrayé pour attaquer. L'homme en haillon le fixa d'un regard mauvais et montra les dents à son tour, blanches dans son visage sale. Avec un petit jappement, le chien prit la fuite en gémissant, la queue entre les jambes.

L'homme en haillon repartit, mais pas avant d'avoir tranché le cou de la sentinelle dont il exposa la tête coupée au sommet d'une barrière d'une grillage. Il fallait espérer qu'en plaçant ses avertissements à l'intérieur du territoire des Lames-rouges, ils comprendraient mieux. Il en laisseraient deux cette fois-ci. Quatre peut-être. Et s'ils persistaient, huit la prochaine fois.

Les sanglots étaient une musique à ses oreilles. Le staccato des armes à feu un rire. L'affliction et la panique, la versification et le coeur de son existence toute entière. Non pas qu'il y prenait plaisir, mais parce que, dans cette ville, il n'avait jamais rien entendu d'autre. Tels étaient les sons qui avaient nourri sa prime enfance privée de lait maternel. Au milieu de la clameur de la turpitude urbaine, il avait grandi, atteint l'âge d'homme.

 Ils écrivaient à son sujet. Il ne savait pas très bien lire, mais il parvenait à comprendre certaine choses, à glaner des brides de connaissance en observant les lettres tracées sur un lambeau de journal ou le défilement d'un texte sur une affiche placardée. Sans faire d'effort, sans même savoir comment, il avait appris la langue locale. La connaissance lui venait, simplement, et celui lui semblait naturel.

 Une âme vengeresse, c'était ainsi qu'ils l'appelaient. Un écho meurtrier, rodant dans les rues de la cité. Un fantôme, venu hanter les rues la nuit. Ils lui donnèrent un nom, afin de mettre une identité sur leurs peurs. Bientôt ce nom se changerait en malédiction: Echis, le serpent.

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MessageSujet: Re: [Histoire] Histoires oubliées   Jeu 9 Mar - 11:55


Citation :
Quand le sommeil et les rêves lui venaient, il était chez lui. Chez lui, en Gilnéas. La cité, la nuit. Le toit sur lequel il venait se réfugier. Quand le futur pays des hommes-loups n'était pas encore consumé par la mort, dévoré par les charognards... Il était chez lui, en train de rêver, debout sous un ciel nuageux, alourdi par la promesse de la pluie qui précéde toujours la véritable tempête. La pression, dans son crâne, était pareille à ce qu'elle avait toujours été dans son enfance: une ébullition  menaçant de déborder, de se changer en une l'une de ses attaques qui l'éveillerait pantelant de sueur, tremblant de tout ses membres.

Manger, manger, manger, criaient-ils

Il se tourna pour les regarder picorer les tuiles de la toiture en ébouriffant leur plumes, leur guenilles.

Garçon, garçon, garçon, jacassèrent-ils. Manger, manger, manger, et puis vite, vite, vite.

Teliassin plongea la main dans sa poche et leur tendit une poignée de bouts de pain. Approchez, dit-il aux corbeaux. Voila à manger.

Viande, viande, viande, piaillèrent-ils.

Il se mit à rire quand plusieurs oiseaux se posèrent sur ses épaules et ses bras tendus.

De la Viande, bientôt. acquiesça t-il. D'abord du pain

Viande, vite! Viande, vite! Il les laissa protester et becqueter les morceaux de pain moisi, aussi dur que des cailloux.

La viande, maintenant. leur dit-il une fois qu'ils eurent terminés. Attendez...

Il ne lui fallut pas longtemps, mais il était baigné de sueur et de vertiges quand il revint, les bras endoloris d'avoir traîné et hissé le corps du garçon dans les escaliers.

Viande, viande, viande! Croassèrent les corbeaux.

Teliassin lâcha les chevilles du cadavre et se laissa tomber sur la toiture pour reprendre son souffle.

De la viande, répliqua t-il. Laissez m'en un peu, ajouta t-il en les regardant s'abattre sur leur proie.

Oui, garçon, caquetèrent-ils. Oui, oui, oui. Un peu pour garçon.

Vous pouvez manger les yeux, ajouta t-il. Je n'aime pas les yeux.

Ils croassèrent de gros rire de corbeaux à cette blague qu'il leur faisait toujours. Ils le savaient, que le garçon ne mangeait pas les yeux, il avait essayé, une fois, après quoi il avait vu des choses. Il avait saigné pendant des heures par le nez et les oreilles, du sang au goût sucré, et avait dormi toute la nuit, allongé sur la pierre, secoué de convulsions jusqu'au matin.
Assis sur le toit, Teliassin les regardait manger en silence, en écoutant le froissement de leur aîles noires et en les laissant lui caresser les joues de leur plumes froissées. Aucun son ne l'apaisait aussi bien. Aucune sensation ne parvenait à chasser ses migraines suffisamment longtemps pour lui offrir un sommeil paisible.

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