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 [Histoire] Deborah Cinestra - L'enfant maudit

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MessageSujet: [Histoire] Deborah Cinestra - L'enfant maudit   Sam 13 Mai - 2:29


UNE HISTOIRE DE MÉFIANCE



 Dans la famille Cinestra, on guérit, verrue, rhume, vilain bleu, jambe cassée, tout y passe, et les patients remercient la Lumière d’avoir béni cette digne lignée pour le plus grand secours de la population de leur village.

Bons, dévoués, sensibles, ainsi qualifie-t-on les Cinestra. sans exception. Blonds et élancés, a l’abri du besoin, tendant la main à leurs prochains, jouissant d’une réputation sans tache, la famille baigne dans le bonheur : la dernière fille du patriarche vient d’ailleurs d’accoucher d’une adorable jeune fille que l’on pressent déjà douée pour les arts curatifs tant la magie semble vigoureuse dans ce petit corps rose et potelé, les petits yeux bleus grand ouverts sur le monde donnent à voir une intelligence naissante, les visiteurs ne tarissent pas d’éloge sur la future beauté que l’on devine dans le blond poupon. Puis arrive l'an 10, deux années de félicité s’écoulent avant qu’une nouvelle grossesse ne s’annonce.


L'enfant du doute


 Comment expliquer cette improbable tignasse de cheveux noirs ? La mère a-t-elle fauté avec un autre homme que son mari ? Sous la peau pâle du bambin courent les fluides. A-t-il pleuré à sa naissance ? Non. C’est un signe. Voilà ce qui se dit, seul un nouveau-né habité par des forces obscures peut ne pas hurler lorsque pour la première fois l’air pénètre ses poumons. Et tandis que l’on échange sans vergogne au-dessus du berceau sur ce que signifie cette naissance inattendue et inédite dans cette prestigieuse dynastie de serviteurs de la Lumière, ce nourrisson contemple sa famille babillarde de ses grands yeux verts, avec une curiosité que personne ne remarque, sans esquisser le moindre sourires.

Petite qui ne sourit guère de son enfance, car tous le font pour elle. Ou qu’elle aille, un sourire. De tous ces mouvements de lèvres, elle a appris à reconnaître la joie de la pitié : lorsqu’on lui adresse une mimique sympathique, c’est avant tout la peine pour sa situation qu’elle perçoit. Or, jamais elle ne s’est vue comme pitoyable depuis que sa conscience s’est éveillée. Différente, elle a conscience de l’être : à sa sœur et à ses cousins sont enseignés les arts magiques, elle doit se contenter de la lecture, de l’écriture. Jamais on évoque avec elle lors des dîners sa profession future, jamais on ne lui prête vraiment attention.

Elle n’est même pas là comme les chats, ses seuls compagnons, eux récoltent parfois des caresses, des mots, on les estime, on soutient leur regard de fauves miniatures. La jeune fille ne reçoit guère de telles intentions. Mais elle n’est pas malheureuse non plus.



Un départ plus grand


 Un matin, la voilà partie. Les Cinestra versent des larmes, promettent des primes pour qui la ramènera, prient la Lumière de la garder des dangers qui peuvent être les siens, mais au fond d’eux, de leur âme si belle et lumineuse, ils ne peuvent s’empêcher de ressentir un certain soulagement : après tout, n’est pas une décision mûrement réfléchie ? N’a-t-elle pas, dans sa lettre exprimé son intention de découvrir le monde, de faire un apprentissage ? Apprendre, voilà qui convient à Deborah.

Elle sent la magie au bout des doigts, et ce potentiel la travaille, beaucoup plus que sa jeunesse qui s’épanouit et que son corps qui petit à petit se transforme.

Au marché elle a rencontré une femme étrange, une femme droite, digne, qui se proclamait sorcière. Déborah l’a observé quelque temps, et elle lui a fait forte impression avec sa sévère robe noire, et son chignon impeccable, sans compter ce superbe chapeau qui semblait en imposer à tous les passants ; et puis des gens venaient la voir, des gens puissants, influents, riches, les mêmes qui venaient consulter les Cinestra, mais sans doute pas pour les mêmes raisons.

La jeune Deborah sent chez cette femme du pouvoir, un grand pouvoir. Et la femme a besoin d’une apprentie.

 Un matin d’automne, la voilà partie avec sa nouvelle tutrice, elle a quinze ans lorsqu’elle s’extirpe de ce cocon. Elle marche doucement, avec la tranquillité de celle qui sait que sur le chemin aucune embûche ne l’attend.

Ses années d’apprentissage dans les villages, sont lointaines, elle a bien plus accumulé de connaissances sur les hommes que sur la magie et les plantes, et ce savoir lui semble bien plus important que tous les ouvrages sur les arts thaumaturgiques que sa famille a engrangé durant des générations. Deborah, a pris la route pour Hurlevent. Elle s’est installée dans une petite maison de pierres sèches non loin de la ville.
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MessageSujet: Re: [Histoire] Deborah Cinestra - L'enfant maudit   Sam 13 Mai - 2:30

UNE VISION OU UN RÊVE




L'an 26. Ma tutrice avait commencé à m’apprendre les rudiments du savoir des plantes. Le vrai savoir, celui des choses vivantes, et non celui des choses mortes des herbiers, ces recueils de feuilles et fleurs desséchés, tout juste bons pour ceux qui croupissent dans les villes.

Elle m’a emmené dans les montagnes, là où les choses poussent, à différents moments du jour et de la nuit. J’ai vu les fleurs éclore, se développer, s’éteindre ; j’ai vu les plantes croître, s’épanouir, décliner ; j’ai vu les bourgeons éclore, les feuilles verdir, les branches se dénuder. Il en va ainsi de la vie, elle oscille, alterne, toujours se renouvelle : la terre respire à sa manière, inspire et expire en des cycles sans aucune mesure avec les existences trop pressées des humains. J’ai plongé mes mains dans l’humus chaud des jours d’été, j’ai senti les parfums, entendu les craquements des branches mortes sous mes bottes, j’ai contemplé la terrible beauté du gel et de la neige. Mes sens s’abreuvaient de ce monde tellement riche tandis que mon savoir s’augmentait de tous ces détails que ma tutrice me délivrait au compte goutte, à mesure que j’étais capable de les absorber pleinement, d’en saisir la portée, le sens profond.

Elle m’aidait à maîtriser mes fluides obscurs d’une manière bien à elle. J’ai compris avec le temps qu’elle n’avançait pas à l’aveuglette… Combien d’années avant de me rendre compte ? Deux, trois ? Mais j’ai fini par voir. La femme d’extérieur portait quelque chose en elle, ce n’était pas un secret, mais elle n’en usait qu’avec parcimonie… La terre coulait dans ses veines comme elle régnait dans son cœur et occupait tout son esprit. Je suis née avec une sombre bénédiction, la sienne avait été tout autre. La magie exerçait alors sur moi une fascination à la mesure de la réticence que j’avais à utiliser mes fluides sombres. Mais ma tutrice avait sur la question des idées très arrêtées : elle disait que la magie était un don, et que seuls les élus pouvaient en bénéficier.
Pourtant, les gens sans ce don vivent bien, parfois mieux, que ceux qui en disposent et une sorcière doit apprendre avant tout à se passer de magie. Que la magie soit laissée aux mages, à ceux qui vivent dans les livres, font étalage de leur pouvoir. Pour cette honnête femme à qui je dois tant, savoir est déjà bien plus, et le vrai pouvoir est celui dont on n’a pas à se servir : la puissance du puissant s’estime à sa capacité à ne pas en faire étalage. Encore aujourd’hui je peine à me tenir à cette philosophie, mais j’y ai très tôt décelé une part de vérité.



Un soir, au cœur de la saison au cours de laquelle la nature est la plus vigoureuse, ma tutrice m’a emmenée sur les pentes les plus basses de la montagne, au cœur de la forêt, là où nous n’allons guère. Allongée au pied d’un immense arbre, confortablement installée dans la mousse moelleuse, caressée par le vent et les derniers rayons du jour qui filtraient à travers le feuillage. Une superbe journée s’achevait, la longue marche avait fatigué mon corps, mon esprit se satisfaisait du grand air et de la somme de détails sur la forêt délivrés au cours du chemin par ma tutrice. Cette dernière, voyant que j’allais me laisser couler vers un sommeil apaisant, me demanda de fermer les yeux et d’entrouvrir mes lèvres. Elle laissa couler dans ma bouche le contenu d’une petite fiole. Cela avait un goût… végétal. Et puis, comme si mes sens venaient de gagner en acuité, je sentis les parfums de la forêt se précipiter vers mes narines, j’entendis les craquements, les bruissements. Tout cela ne dura qu’une seconde ou deux, je fus submergée, c’était très certainement trop pour mon esprit, je sombrai dans l’inconscience presque instantanément.

Petite, après une chute, je m’étais évanouie : je ne garde pas de souvenir, ou plutôt celui d’un noir profond, sans aucune vision, ce qui m’était apparu comme un aperçu de la mort. Cette fois, mon corps éteint, mon esprit se fit spectateur, ou producteur, je ne sais, d’un étrange spectacle.






Dans une clairière, deux ours immenses s’affrontaient, deux colosses de muscles, de griffes et de crocs. L’un était d’un brun chaleureux, l’autre plus noir que la nuit. Hypnotisée, je contemplais leurs coups de patte, la violence des échanges, des morsures. Aucun des deux ne saignait du sang : de la sève s’échappait des blessures du premier, le second se vidait d’une substance noirâtre. Et le combat était parti pour durer, pour être un combat à mort, car aucun des deux protagonistes ne cédait. Ils allaient se voler l’un l’autre leur dernier souffle, se détruire mutuellement. Un instinct profond, venu du fond de mes entrailles, me rendait familiers ces deux bêtes étranges et puissantes. Jusqu’à ce que je crie. J’ai crié, hurlé, attiré sur moi l’attention des colosses, sans même craindre un instant d’être dévorée, à peine consciente que j’étais à la fois là et absente. Tandis que se pressaient aux lisières de ma conscience une foule de questions sur ma position, sur ce rêve, sur ce que j’étais et où j’étais, les deux ours cessèrent leur affrontement pour contempler ce qui paraissait être le point où j’aurais du me trouver, ou bien où je me trouvais, je ne sais toujours pas, l’air d’attendre quelque chose. Qui se produisit : comme les deux images que l’on voit décalées lorsque l’on n’ouvre qu’un œil finissent par se superposer quand on ouvre les deux, les bêtes se mêlèrent l’une à l’autre, pour donner naissance à une créature bien plus grande, zébrée de leurs deux couleurs, aux yeux vairons, l’un de ce brun chaud, l’autre sombre et profond.



Et je m’éveillai. Il faisait encore jour, mais en avisant la douceur et l’orientation des rayons du soleil, je compris qu’il faisait en réalité à nouveau jour. Assise en tailleur face aux braises déclinantes et à la cendre chaude d’un petit feu, ma tutrice attendait mon éveil, elle avait veillé toute la nuit, durant ma longue inconscience, protégeant mon corps vulnérable de tout ce qui peuple les ombres et les bois. Te voilà plus complète, m’a-t-elle dit, tu comprendras différemment les choses. J’aurais pu me sentir offensée qu’elle ne m’ait pas consulté avant , pourtant je ne ressentais que de la reconnaissance pour cette sorcière.

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MessageSujet: Re: [Histoire] Deborah Cinestra - L'enfant maudit   Sam 13 Mai - 2:30

QUESTIONS D'ENFANT



An 25 - Une conversation entre Deborah et sa tutrice.



Deborah 16 ans et sa tutrice.



- Maîtresse, pourquoi mon sang ne coule pas comme celui des autres femmes ? Ma mère disait que le temps viendrait. Mais les années passent, et rien ne vient.


Le soupir de ma tutrice me restera sans doute à jamais dans l’âme, chevillé comme l’annonce d’un jugement. Je lisais alors dans ses yeux la résolution face à une perspective qui ne l’enchantait guère, une épreuve par laquelle il fallait que nous passions toutes les deux, celle de la vérité : elle pour la dire, moi pour l’entendre. Une idée avait germé dans mon esprit, pour être aussitôt étouffée, comme les plantes d’un parterre peuvent engloutir l’étrangère osant dresser quelques feuilles malingres vers leur soleil.


- Tu sais que la magie est en nous. Que nos fluides coulent dans notre corps comme le sang. Tu le sais ça ?

- Oui, on me l’a appris, et tu me l’as dit.

- Ben parfois… C’est rare, mais j’en ai entendu parler… Ben parfois, les fluides y font leur sauce dans les corps dans lesquels y sont. Une femme qui avait de la terre qui lui sortait des narines au lieu de la morve, un marin mage qu’avait la sueur qui sentait l’iode. Pas grand-chose, mais des fois ça se passe. Dans ton cas, je crois bien que les fluides d’ombres... Tu vois Deborah, le corps d’une femme, quand y saigne, c’est que chez la femme tout fonctionne pour faire des marmots. Pour donner la vie.

- Et moi, donner la vie, je ne pourrai pas. Parce que mes fluides ont… abimé ma matrice. C’est ça ?

- Je peux pas te dire… Je suis qu’une sorcière de campagne, je fais que supposer. Si tu veux être sure, faudrait que tu ailles voir des gens, y devraient pouvoir t’en dire plus.

- Pas la peine, je me contenterai de cette explication. De toute façon, je n’ai pas le temps de m’occuper d’un enfant, et je vois mal avec qui je pourrais en faire un.


Aucun garçon, ou plutôt aucun homme, car à cet âge où j’étais, les garçons deviennent des hommes, et les regards des hommes déjà faits ne sont plus retenus par les conventions sociales liées à l’âge ; aucun n’homme n’y a jamais eu sa place. Je sentais parfois des regards sur mes jambes nues lorsque je remontais ma robe pour traverser un ruisseau, ou éviter qu’elle traîne dans une flaque de boue ; jamais elle n’allait aussi haut que celle de certaines femmes, qui dévoilaient sans trop de complexe leurs cuisses au point que l’on devine les domaines attenants, sous un jour favorable et un angle convenu, mais un mollet, un peu de genoux suffisaient à donner des idées aux moins imaginatifs, comme si un peu de peau leur suffisait à se peindre en pensée l’ensemble du corps. Parvenir au tout à partir d’un élément de l’ensemble… Il y avait un mot pour ça, un mot que j’avais dû apprendre sans doute, dans les livres, dans ma « famille »…

Tant de mots dans les livres, tant de phrases que j’ai oubliées. Et pourtant je me souviens encore des noms des plantes qui peuvent guérir les coliques chez le nourrisson, d’autres qui peuvent faire tomber la fièvre, seules ou mêlées, et de leurs méthodes de préparation, et de leurs effets secondaires, et des doses pour chaque âge et chaque constitution. Tout cela me sert, aussi je m’en souviens. Je n’ai pas besoin d’aller consulter un livre à chaque cas qui se présente : lorsque je devais aller dans la montagne, avec ma tutrice, nous ne pouvions pas nous encombrer de livres. Et que ferais-je avec des livres ? Ils sont plein de mots, et les gens ne se rendent pas compte de ce que cela implique, de laisser des mots se balader sur des pages, à la portée du premier imbécile venu. On parle des soins dans les livres, mais on parle aussi des poisons : le maître peut juger de la fiabilité de son élève, mais n’importe qui peut lire un livre. Bien entendu, les livres coûtent cher, il faut les copier, il faut les payer, les entretenir, les surveiller, mais tout de même… A cette époque, j’ai commencé à prendre conscience de l’opulence dans laquelle vivait ma famille, et ce débat sur l’écrit joua plus dans ce sens que l’écart qui existait entre la maison familiale et la chaumière des montagnes. Ce fut comme un voile que l’on soulevait de mes yeux : les miens faisaient sans doute le bien autour d’eux, ils soignaient sans doute les pauvres, les miséreux, cependant soutenus par l’assurance d’une vie confortable permise par leur clientèle la plus riche et la plus fidèle.
Fière de ma logique, ou plutôt d’un argument hérité mais peu médité, je répondis aux propos de ma tutrice sur la transmission du savoir par une question que je croyais des plus pertinente :


- Que devenait le savoir si le maître venait à mourir avant de l’avoir transmis à son élève ?

Elle haussa les épaules, et me répondit que ma question était pertinente, à ma grande satisfaction à l’époque ; mais je sais maintenant que c’était elle qui avait triomphé de moi : elle ne me répondit, et me laissa la responsabilité terrible de trancher. Le temps aidant, l’éloignement de ma tutrice, la fin de mon apprentissage et le départ pour un autre continent m’apportèrent des éléments de réflexion.

La question ne devait pas être celle de la disparition d’un savoir, mais celle du savoir à transmettre : tous les savoirs peuvent-ils être écrits dans les livres ? Et les livres peuvent-ils être accessibles à tous ? Ils ne le sont pas, cette restriction d’accès n’est toutefois pas celle que j’aurais pu attendre. Ne lisent des livres que les riches, ceux qui peuvent se les payer. Les savoirs écrits accessibles à tous ceux qui ont de l’argent. De l’argent et du savoir. Trop de pouvoir. Cet état de fait, lorsqu’il advint pleinement à ma conscience, me révolta, bien plus que l’idée de savoir donnés à tous. Et il me révolte encore.
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MessageSujet: Re: [Histoire] Deborah Cinestra - L'enfant maudit   Sam 13 Mai - 2:31

UN HOCHEMENT DE TÊTE SÉVÈRE


An 26 - Apprentissage






Un hochement de tête irrépressible et envahissant. Certains disent que c'est de l'anxiété ou simplement que cela fait partie de mon essence même, une simple réaction à mon comportement insociable et froid. Pourtant ces mouvements qui envahissent mon être, me déchirent un peu plus et toujours.


En fonction de son maître, de son tuteur, l'apprentissage se fait d'une manière conventionnelle. Les livres et l'entraînement en font sans doutes parties, mais après tout je ne peux pas dire être de ceux qui sont dans la norme. Ma tutrice avait une tout autre philosophie de la vie, elle disait : endurer, est survivre. Elle mettra rapidement en place cette vision au long de ma vie d'une manière parfois bien cruelle.



Chemin de la destiné, de l'imprudence, de la fragilité, route sinueuse du passé qui dépérissait dans mon esprit, je me souviens encore, de ce matin du jour de mes dix-sept ans, alors que j'ouvrais les yeux après un profond sommeil, l'aurore naissante éclairait le ciel. Je baignais dans un calme plat, étrangement je n'entendais pas les oiseaux ou les bruissement des feuilles des arbres.
Ma tutrice entra dans la chambre, si on peut appeler ça ainsi, et me fixait de son regard impartial, comme dans l'attente de quelque chose, qui doit se dérouler mais dont elle seule, a le secret.

Dans une légère inspiration, j'ouvrais la bouche pour la saluer, mais aucuns mots n'en sortaient, essayant une nouvelle fois, la peur commençait à prendre possession de mon corps. J'étais muette.

Pourtant, celle qui me défiait du regard, ne semblait pas surprise elle commençait un long discours dont je ne comprenais pas les mots, non par manque d'intelligence; mais simplement car je ne pouvais entendre, j'étais aussi sourde.


Difficile de comprendre se qu'il m'arrivait, une punition suite à une erreur ? Mes yeux terrifiés observaient ma tutrice, elle continuait de parler mais je n'avais toujours pas l'occasion de comprendre ses mots. Par la suite, après un long temps et ma tête en ébullition, je commençais à percevoir les choses d'une nouvelles manières. Le visage de ma tutrice n'était pas celui d'une personne en colère mais qui parlait avec calme. Elle avait simplement décidé de me forger en retirant mes sens et pendant plusieurs mois c'est ainsi que ma vie a été.
Avec le temps je commençais à déceler les expressions des visages. Elles sont un aspect important du comportement et de la communication non-verbale mais aussi les micro-expression qui sont succinctes et inconscientes. À l’instar, des expressions faciales, il est très difficile de feindre ou d’imiter une micro-expression car celle-ci peut se produire en un temps très court.

Pour la colère le regard est fixe, il y a un renfrognement du visage, le serrement des sourcils et de la mâchoire et parfois une veine qui gonfle. Pour ce qui est du mépris une unique expression asymétrique, la contraction d’une extrémité des lèvres. Le dégoût lui provoque un rétrécissement des yeux, une grimace de la bouche et à l'occasion le plissage du nez. La surprise révèle un écarquillement des yeux, l'ouverture de la bouche puis un relèvement des sourcils. La tristesse, qui est celle que j'ai vue le plus souvent est un abaissement des coins de la bouche parfois le regard tourné vers le bas mais surtout l'affaissement général des traits.

Les expressions sont nombreuses mais j'ai la capacité de les remarquer plus facilement que certains, en plus de pouvoir lire à présent sur les lèvres. Mais cette situation viendra à me marquer, surtout quand il m'a été impossible d'appeler à l'aide et que je n'avais pas encore le contrôle de mes pouvoirs.

Mon hochement de tête à souvent été la seule façon de m'exprimer durant cette longue période de ma vie. Et il restera ainsi encore longtemps.



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MessageSujet: Re: [Histoire] Deborah Cinestra - L'enfant maudit   Mer 17 Mai - 11:27


UN PREMIER SERVICE


- An 27 -





- Bénédiction sur toi, ta maison, ta famille, tes ancêtres, et tout ça...


Deborah, du haut de ses dix-sept ans, débite ses mots d’une voix forte, autoritaire, tandis qu’elle entre en trombe dans l’humble demeure, après avoir manqué de casser le nez du père en repoussant d’une main ferme le battant de la porte qu’il avait entrouverte.

Sa vieille tutrice lui avait expliqué qu’il est toujours de bon ton de bénir les gens chez qui l’on se rend lorsqu’on est une sorcière, mais elle a omis de préciser sur quel ton il convient de le faire, à moins que son élève obstinée n’ait déjà eu des idées très arrêtées quant à cette question, et ait sciemment ignoré cette partie de la leçon.

Laissant l’homme pantois, cherchant encore ses mots, derrière elle, la femme s’avance de son pas décidé vers le lit plus proche d’une paillasse sur quelques planches. Avec la table qui trône au centre de la pièce, trois chaises branlantes, une malle d’osier défoncée et un buffet ayant connu des jours bien meilleurs, il constitue le modeste mobilier de cet humble logis, une pièce au sol de terre battue, aux murs de mauvais torchis, au toit de chaume fuyant, logis dans lequel une femme va cependant accoucher.



- N’a pas idée de vivre dans autant de crasse…  marmonne Deborah. La misère, c'est une chose, la propreté c’est une autre… Je parie que le lourdaud à la porte a même pas passé un coup de balai depuis que sa femme est alitée...


Lourdaud qui, entendant la sorcière marmonner, s’approche d’un pas moins décidé qu’il ne le voudrait, un peu inquiet, et demande :

- Vous vouliez quelque chose ?

- Ah ! Oui ! Vas me chercher à Hurlevent un peigne à cheveux. C’est important...

- Un peigne à …

- Tu es encore là ?

Lorsque les yeux bleus de Deborah se rivent dans les siens, il souhaite ne plus être là, et s’en va en courant. Deborah en profite pour se retourner vers la mère. Son regard se plonge cette fois dans celui de la parturiente au visage déformé par la douleur et l’angoisse.

- Le premier... Ça va bien se passer.


Ce n’est pas un conseil, mais un ordre. Une partie de la panique de la mère s’efface, remplacée par la crainte de désobéir à Deborah, qui se félicite de ce changement. Retroussant les manches de sa robe, chose des plus rares, tant elle répugne à laisser apparaître sa peau aux premiers venus, pour l’occasion, elle balaie du regard l’unique pièce pour se faire une idée de ce qu’elle aurait à sa disposition pour procéder; à l’évidence, pas grand-chose.

- À nous trois alors.


La première chose que vit l’enfant est un visage accusateur et Deborah devra faire une lessive plus tôt que prévu. Sitôt le cordon coupé, le marmot débarbouillé, la sorcière le confie à sa mère, rendue un peu euphorique par la décoction de plantes que lui a fait ingurgiter l’accoucheuse. Le père revient.

- C'est bon !

- Arrête de crier, il y a un bébé en bonne santé ici. Il était mal positionné ce bébé… Il a failli y passer ce bébé… Tu comprends ça ? Heureusement que j’étais là.

- Euh… Oui, oui, je suppose.

- Tu supposes bien.Siffle Deborah d’une voix douce mais surtout menaçante. Sa main filant comme un serpent attrape le col de la chemise d’un blanc douteux de l’homme et d'une poigne de fer l’oblige à se baisser jusqu’à son niveau, afin qu’elle puisse murmurer à son oreille.

- Je repasserai dans trois jours voir comment vont la mère et le petit. Si il y a quoi que ce soit, t’envoie quelqu’un me chercher au plus vite. Si tout va bien, quand je reviendrai, je veux que cette table soit propre, que ces draps soient propres, que cette maison soit propre du sol au plafond. Tu apprends à balayer, tu demande à ta mère, ta sœur, tu payes quelqu’un, qui tu veux, mais tu me nettoies cet endroit. Et il n’y a pas intérêt que ce soit ta femme qui s’y colle. Fais attention, je le saurai si elle doit faire quoi que ce soit d’autre que se reposer. C’est bien clair ? Tu as tout compris ?


Un instant la fierté de l’homme rue dans les brancards, puis ses yeux croisent ceux de Deborah, et la flamme qu’il voit y brûler le persuade de ne rien dire, de hocher la tête avec le maximum de sincérité, et de s’exécuter sitôt qu’elle aura franchi le pas de la porte. Il n’a jamais tenu un balai de sa vie, mais il est bien décidé à essayer pour ne pas éveiller la colère de cette sorcière. Les hommes, dans les tavernes, racontent des choses effrayantes sur elle et sa tutrice. Et les femmes de bien pires encore. Ce ne sont peut-être que des racontars, mais peut-être y a-t-il une part de vrai dedans. Et il ne veut pas courir le risque.

Deborah est déjà partie lorsqu’il se précipite pour aller voir son fils, nouveau né. Elle n’a rien demandé, pas un sous; c’est pour cela que cette famille a fait appel à elle, pour cela et parce qu’elle ne craint pas de se rendre dans les coins les plus mal fréquentés.


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MessageSujet: Re: [Histoire] Deborah Cinestra - L'enfant maudit   Ven 19 Mai - 13:10


LA CURIOSITÉ


- An 28 -




La petite fille pousse timidement la porte qui, malgré son air passablement défraîchi, tourne sur ses gonds sans émettre un bruit. Tout est noir dans la grande pièce à vivre, à l’exception d’une petite lampe à huile tremblotante au dessus de la grande table massive calée contre un mur.

Face à elle, tournant le dos à la petite curieuse, la sorcière s’affaire avec des gestes précis face à des pots de terre cuite, dans lesquels elle verse des graines, des feuilles, avant d’y verser le contenu lumineux d’une cruche. La gamine est impressionnée par ces activités occultes, et ouvre de grands yeux, insensible à la frayeur qui n’aurait pas manqué de prendre ses frères et leurs amis : ce sont eux qui l’ont mise au défi d’entrer, d’aller voir ce que fait la sorcière, maléfique qu’ils disent. Ils ne veulent pas s’occuper d’elle, même si leurs parents l’ont confiée à eux. Et puis elle est trop curieuse pour avoir peur.



- Entre ou sort, mais laisses pas la porte comme ça, tu fais entrer le chaud, et j’ai pas fermé les volets pour rien.

- Oui m’dame.


A petits pas, prenant soin de fermer la porte doucement derrière elle, la petite entre. Elle observe d'un silence respectueux, persuadé que sa présence a été découverte par quelque procédé magique; elle ne se rend pas compte qu’elle a légèrement changé la luminosité de la pièce, introduit un courant d’air plus chaud, et que son souffle précipité par la transgression de l’interdit s’entendait dans toute la pièce. Constatant au bout de deux minutes à danser d’un pied sur l’autre, tout en observant l’ensemble, merveilleux à ses yeux peu habituée à tant de mystères, que la sorcière semble l’avoir oubliée, elle risque une question, avec sa plus petite voix :


- M’dame, tu fais de la magie ?

- Non petite. Je mets mes tomates séchées dans de l’huile.


- Oh… je croyais que tu faisais de la magie. Explique la petite, une pointe de déception dans la voix.

- Tu as un nom ?


- Oui m’dame. J’m’appelle Sylvette ! Comme ma mamie ! Alors on m’appelle la p’tite Sylvette. Comme ça on sait que j’suis pas ma mamie.

- Oui, c’est futé… La petite-fille de Sylvette la vannière ?

- Oui m’dame. Elle fait les plus beaux paniers. Je peux t’aider ?

- Oui, tu peux ôter les tomates des fils. Mais tu peux m’aider uniquement si tu te tais.


En silence, Sylvette tire un tabouret sur lequel elle se tient debout contre la table, puis, avec une concentration plus qu’importante compte tenu de la tâche qui lui est confiée, et le souci de bien faire, elle s’ingénie à retirer les tomates du fil sur lesquels elles avaient été mises à sécher. Les minutes passent ainsi, dans cette petite industrie culinaire, la gamine passant les tomates, la sorcière remplissant les pots avec l’huile d’olive et les aromates, puis les scellaient avec de la cire d’abeille chaude. Deborah peut passer des heures sans dire un mot, à plus forte raison quand elle travaille : la plupart du temps, elle est seule et se voit mal parler aux meubles, et quand elle est en compagnie, elle estime que ce qu’elle a d’intéressant à dire ne mérite pas forcément d’être partagé avec ses potentiels auditeurs, aussi se tait-elle. Sylvette n’a cependant pas cette discipline.


- M’dame, t’as un amoureux ? Ose-t-elle dans un élan de témérité qui la surprend elle-même.

- Non.

- C’est parce que tu es plate ?

- Pardon ? Qu’est-ce que c’est que cette question ?

Le geste de Deborah s’est arrêté net à la question de la fillette, à peine a-t-elle eu le temps de maîtriser le ton de sa voix : avec un adulte, elle aurait laissé transparaître toute la menace derrière le vernis de politesse, mais il en est des jeunes enfants comme des animaux, il ne faut pas les terroriser.

- C’est ma cousine Bette… Elle me dit que si je suis pas sage, je serai plate comme toi, et que j’aurai pas d’amoureux…


En voyant les yeux de la sorcière posés sur elle, comprend que pour s’en sortir, il lui faudra dire la vérité : comme quand elle a fait une bêtise et que sa mère sait que c’est elle, mais qu’elle attend qu’elle se dénonce pour savoir si elle la punira un peu ou beaucoup.

(Sa cousine Bette… Elle porte bien son nom celle là… Encore une de ces donzelles avec un corsage à faire pâlir d’envie une vache laitière, et tout le volume du cerveau parti dans les seins…)


Deborah s’efforce de reprendre avec calme.


- J’ai pas d’amoureux parce que je n’ai pas encore trouvé un amoureux assez bien. Et je ne suis pas plate. J’ai peut-être moins de seins que ta cousine, mais une femme n’est pas seulement belle parce qu’elle a de gros seins.

- C’est vrai ? Demande la fillette avec une touche de soulagement. Moi je te trouve belle.

- Maintenant, écoute bien mon conseil. Tu ne diras pas à la cousine Bette que tu m’as dit ce qu’elle a dit. Ce qu’on dit ici, c’est des secrets. Et je serai très fâchée si tu révèles un secret d’ici. C’est clair ?

- Oui m’dame. Je suis très forte pour garder des secrets. Je connais plein de secrets. Mais je te les dirai pas, parce que c’est des secrets.

- T’as plus de jugeote que bien des adultes. Bon, maintenant qu’on a fini avec les tomates, ça te dit de t’occuper du reste ? J’en ai un plein panier, il faut qu’on les frotte, et puis on les mettra dans une jatte, avec du sel.

- T’en as de la chance d’avoir tant de choses à manger. Ma maman elle dit qu’on va peut-être devoir se serrer la ceinture, parce qu’on aura pas assez à manger. Mon papa il a dit qu’il sait où trouver des lapins, et du poisson. Mes frères y disent qu’y mangeront des sauterelles grillées. Mais moi je veux pas manger de sauterelles grillées. Même pas de sauterelles du tout. J’veux pas serrer ma ceinture, quand je serre ma ceinture trop fort, ça fait mal après là où ça serre la peau. J’ai essayé l’autre jour, j’ai serré ma ceinture quand j’ai été punie, et privée de dîner. Ben j’avais quand même faim… C’est pas efficace.

- Non, pas efficace du tout.


Deborah se perd un instant dans ses pensées. Les dernières années, elle avait coutume de faire moins de provisions, comptant sur la générosité des personnes à qui elle venait en aide pour passer la mauvaise saison sans avoir à se soucier de son garde-manger. Mais les dernières donations ont été moins conséquentes, elle a senti chez ses débiteurs la tension entre ne pas rétribuer la sorcière et se constituer des réserves pour des jours plus sombres. La campagne lui fournira sans doute de quoi subvenir à ses besoins, si elle vit chichement, et elle en est capable. Elle n’a pas à nourrir une famille, des enfants en pleine croissance, une femme enceinte, un homme affamé après son labeur ou elle ne sait quoi encore.


- Si un jour ta famille et toi avez des problèmes à cause de la faim, si vous n’avez plus rien à manger ou si quelqu’un vous embête pour avoir vos provisions ou la taxe, tu m’amènes tes parents. Tu ne leur dis pas pourquoi, tu expliques simplement qu’il faut qu’ils viennent. Et s’ils ne veulent pas, trouve quelqu’un pour t’accompagner, et ce sera toi qui viendras me le dire. C’est bien compris ?

- Oui m’dame ! C’est drôl’ment chic d’votre part ! Il y a des gens qui disent que vous êtes méchante, mais moi je sais que c’est pas vrai. Vous êtes une gentille sorcière.

- Je suis méchante des fois. Bon, maintenant qu’on a fini, retournes voir tes amis. Je les entends brailler ton nom jusqu’ici. Et si on te demande ce que tu as fait ici, tu ne dis rien. Pas besoin de raconter des histoires, il faut faire du mystère. Ils se feront des histoires tous seuls et ils y croiront.

- Je pourrai revenir te voir quand mes frères doivent me garder ? Ils ne sont pas toujours gentils avec moi…

- Si je suis là, tu pourras passer. Mais il faudra être très sage. Et silencieuse. Je travaille en silence. C’est clair ?

- Oui m’dame ! Bonne journée m’dame ! Et merci à vous !


La petite fille sortie, la sorcière s’abandonne une fois de plus à ses pensées.

(Drôlement chic de ma part. Gentille… Je ne sais pas si je suis gentille, mais si on laisse la faim s’installer dans les campagnes, on aura sans doute des ennuis considérables sur les bras. Je ne peux pas aider tout le monde, il faudra sans doute que je me casse le crâne pour subvenir aux besoins de cette famille, si les circonstances devaient l’exiger… Mais si tous les idiots qui cèlent trois fois de quoi se faire éclater la panse une année durant pouvaient partager aussi… Ne serait-ce que pour éviter une émeute. Elles leur serviront à quoi leurs vivres si ils sont égorgés dans leur sommeil ? Sûrement pas à se bâfrer…)


Quelques jours plus tard, la gamine aura été retrouvé morte, dans des conditions terribles au centre d'un champ...
Rapidement les rumeurs parlent d'eux-même. Le père aurait vendu sa fille à un noble, contre une modique somme dans l'espoir que le reste de la famille survit aux jours qui arriveront.

Le coupable, ce riche homme connu surtout pour les minerais qu'il exporte et aussi pour ce genre d'achat faisant accuser un autre, aura été retrouvé mort au même lieu ou la petite Sylvette a été retrouvé, le visage marqué par la peur, son corps se putréfiait lentement et ses membres tournés dans le sens inverses de la norme...

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MessageSujet: Re: [Histoire] Deborah Cinestra - L'enfant maudit   Mar 13 Juin - 18:33


LEÇON DE VIE


- An 30 -





Il est tard, mais Deborah dort peu. Ses pensées voguent vers les derniers mois, ses dernières récoltes de plantes dans la campagne. Les fermiers sont méfiants, même à l’égard de la femme en noir, ils savent que lorsque la faim se fera trop pressante, ce seront des loups qui fondront sur leurs troupeaux pour en emporter la viande, et pas forcément de ceux qui s’aventurent du mauvais côté de la loi : des rumeurs courent, des rumeurs selon lesquelles des nobles de la ville arme et missionne secrètement des mercenaires pour réquisitionner officieusement des vivres.


- Faire face… Du grain pour les gras, la faim pour les fins…

Deux coups timides à la porte tirent la sorcière de ses pensées.

- Qui c’est ?

- Elise, la fille du meunier du village… répond une toute petite voix hésitante de l’autre côté du solide battant.


Deborah ouvre grand la porte, sans hésiter : elle n’est guère commode. Elle tombe nez à nez avec une adolescente à l’aube de l’âge adulte, déjà bien formée mais dont l’apparence et l’attitude générale trahit encore un brin d’innocence, plus haute qu’elle d’une tête, bien gironde avec ses joues pleines et roses, ses cheveux blond-roux, ses taches de rousseur et ses mollets qui dépassaient de son jupon. Deborah fronce les sourcils et plisse son nez : le corsage est trop échancré à son goût, le jupon trop court, et qu’importe la chaleur de la nuit : elle, elle porte bien sa robe sans geindre aux premiers écarts de température.


- Pour ce que tu veux de moi, je veux pas te voir seule. Je veux que le garçon soit là. Et si tu sais pas lequel c’est pas un problème, amène les tous, il y a de la place, Et autant que la leçon soit comprise par le plus grand nombre.


Avant que la jeunette ait le temps de placer un mot, Deborah attrape la prénommée Elise par le bras. Au moins sa remarque a redonné un peu de rouge aux joues à la fille du meunier, qui affichait une tête presque décomposée lorsque le battant l’a dévoilée.


- Je vais te ramener au village. Tu vas rentrer discrètement, tu vas essayer de dormir, et demain tu trouves ton jules et tu me l’amènes.

- Mais… Si y veut pas…

- Tu lui as dit au moins ?

- Ben non… Ça le regarde pas… C’est… C’est moi qu’ça concerne, non ? Alors que Deborah cherche à capter le regard de la jeune fille, celle-ci se dérobe, regarde au loin.

- Oui, tu as raison, tu es assez grande pour choisir ce que tu veux faire. Mais je veux quand même qu’il soit là, même si il a pas son mot à dire. Il doit savoir. Faut être deux pour faire cette chose là, faut être deux pour la défaire.


Les quelques couleurs disparaissent du visage de Elise avec son sourire à ces mots. Deborah continue de marcher, insensible à ce changement de physionomie. Consoler, ce n’est pas son truc, et puis autant qu’elle ait un petit coup de mou, qu’elle se tracasse la tête, ça la fera réfléchir estime-t-elle. Et la sorcière a des idées très arrêtées sur la quantité de réflexion que certaines jeunes femmes déploient avant d’ouvrir leurs cuisses au premier bellâtre venu. Si elle ne leur accorde pas sa compassion, elle n’est pas non plus encline à faire peser sur leurs épaules l’entièreté de la responsabilité dans l’affaire : les hommes sont tout autant, si ce n’est plus, responsables de ces grossesses malheureuses dont elle doit se charger.


- Ce sont eux qui viennent fourrer leurs parties là où il ne faut pas… grogne-t-elle à voix basse, oubliant un instant qu’elle n’est pas seule comme dans sa maison.

- Pardon ?

- Je disais que si ton bon ami ne veut pas venir, dis lui que Deborah s’occupera de lui, et qu’il n’aura plus jamais l’occasion de se placer dans une telle situation.

- Ou… Oui…

- N’est-ce pas que tu le lui diras ? la question mielleuse vibre dans l’air à peine frais de la nuit comme un impératif.

- Oui m’dame Cinestra.

- Bien. On arrive au village. Je vois le moulin d’ici. Alors file et ne te fais pas prendre. Reviens avec ton jules, ou reviens seule. Mais préviens-le que si tu reviens seule, il aura affaire à moi.

- Merci m’dame Cinestra.

- Aller, file dormir.


La villageoise s’élance à grandes enjambées assurées sur le chemin, sous l’œil critique de Deborah qui juge que trop de mollet, voire de cuisse, est révélé à chaque pas. Elle secoue la tête d’un air désapprobateur : une gamine ne devrait pas errer ainsi la nuit, car dans la nuit rôdent des choses terribles. La sorcière ne s’inquiète pas de cette réalité, jugeant qu’elle est sans doute la pire de toutes les ombres qui battent la campagne ; elle est probablement la moins nuisible aux innocents aussi. S’en retournant vers la bergerie, plus noire que la nuit elle-même, Deborah commence à se préparer à ce qui l’attend. Ce qu’elle va être contrainte de faire ne lui est jamais aisé.






Des coups à la porte, plus fermes que ceux de la veille. Deborah est occupée à réduire en poudre divers plantes, feuilles et racines qu’elle a mis à sécher quelques temps plus tôt. Après s’être frotté les mains sur son tablier, la sorcière se dirige d’un pas lent mais ferme vers la porte, qu’elle ouvre avec sa brusquerie habituelle, si efficace pour déstabiliser le visiteur. Derrière le solide gaillard qui s’apprêtait à frapper à nouveau, elle devine la jeune femme qui est venue la visiter la nuit précédente ; le grand jeune homme doit être son amoureux, son compagnon, ou son aventure de passage, un visage mangé par un duvet naissant, un peu poupon, des cheveux châtain bouclés en bataille, les oreilles un peu décollé mais un air foncièrement honnête – stupide dirait Deborah.

- T’es là pour quoi ?

- Ben… Vous savez madame Cinestra… Elise elle est v’nue, hier… Enfin… Elle est v’nue pour… Pour c’qu’on a fait…

- Bien. Au moins tu reconnais que tu as quelque chose à voir là dedans. Entrez les enfants, entrez.

Elle attrape au passage Elise par le bras et lui demande dans un souffle presque inaudible :
- Il n’a pas fait de soucis pour venir ? La fille secoue négativement la tête, et la sorcière voit dans ses yeux qu’elle ne ment pas.

- Bon, va t’allonger sur le lit. D’un signe elle désigne au jeune homme un tabouret dans un coin de la pièce : Toi tu te colles là, et tu dis rien, tu obéis aux ordres que je te donne. Prie pour que je n’aie pas d’ordre à te donner.


L’homme obéit, n’en menant pas large : il ne connaissait Deborah que de réputation, et il s’était attendu à rencontrer en guise de sorcière une vieillarde, pas… Pas ce qu’il a sous les yeux. La petite femme va d’un pas rapide d’un coin à l’autre de la partie de la maison aménagée en espace de vie, économe de ses déplacements comme de ses mouvements, tirant des étagères des fioles, soufflant une à une les lampes et les bougies qui dispensent une douce lumière jaune au lieu. Petit à petit, les ombres gagnent, d’abord cantonnées aux angles et aux bas des murs de pierre sèche, puis plus insistante, rampant doucement vers le lit ; elles le conquièrent lorsque Deborah souffle la chandelle sur sa table de chevet. Son manège se poursuit jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une flamme vacillante, émergeant du fragile col d’une lampe à huile près de la porte. Cette lumière paraît bien lointaine aux deux jeunes qui sentent une légère angoisse les pénétrer lorsqu’ils la contemplent et tournent ensuite leurs regards vers l’obscurité : suffira-t-elle à les protéger de ce qui peut émerger des ombres ? La sorcière dans son élément n’est que plus inquiétante, toute de noire vêtu, se fondant dans la nuit, si bien qu’elle paraît grandir. Tous les sentiments amicaux, ou du moins leurs ébauches, ont déserté. Sur le fauteuil, le chat s’est éveillé, sentant sans doute que quelqu’un chose est à l’œuvre sur son territoire. Ses deux petits yeux brillent dans les ténèbres lorsqu’il tourne la tête et capte la clarté lointaine.


- Bois.


Elise avale le liquide contenu dans le bol en bois que lui tend la sorcière, manque de s’étouffer, surprise par son astringence, mais parvient à en absorber jusqu’à la dernière goutte. Petit à petit, elle sent une torpeur inexorable l’envahir, ses membres se font lourds, sa conscience lointaine ; elle sait qu’elle ne dort pas, mais ce n’est pas tout à fait l’éveil. Le silence n’est troublé que par le souffle anxieux de son amant et le chat qui s’est mis à ronronner sans raison apparente.






Les mains de Deborah se glissent lentement sur le ventre d'Elise, tirant son chemisier du jupon et s’insinuant sous le vêtement pour gagner la peau. Sous ses doigts la sorcière perçoit le nombril, léger creux trace d’un ancien lien de vie semblable à celui qu’elle s’apprête à trancher.
Nul besoin à la sorcière de voir ses bras pour savoir ce qui s’y passe : elle a déjà assisté au phénomène plusieurs fois et elle le mobilise d’autant mieux qu’elle est plongée dans l’obscurité. Le long de ses veines bleutées se mettent à courir des lignes d’un noir plus profond que de l’encre, vaisseaux éphémères de fluide d’ombre qui se cristallisent lorsque la magie opère.  Lorsqu’elle invoque la magie, ce n’est pas à la Lumière qu’elle rend hommage, mais à l’ensemble de la création dont elle fait partie, à chaque chose qui fut, qui est ou qui sera ; son fluide n’est qu’un fragment de ce tout.

La vie sous ses doigts… Il y en a deux, quand bien même la seconde est-elle embryonnaire. Derrière ses yeux clos, là où les sensations se mêlent, une vision nouvelle se déploie comme un immense tableau dont la toile serait son esprit focalisé sur son œuvre.  Le corps est comme un entrelacs de milliers et milliers de filaments vitaux, chaque fibre de l’être, une fibre plus métaphysique que matérielle, un état perceptible par d’autres yeux que ceux du corps. Au cœur de ce tissu de fibre, elle le perçoit.

Comme la naissance d’une larme, ses fluides sourdent lentement de ses doigts, s’échappant de ses ongles. Imposant ses désirs à la magie, elle les étire et les déploie. Ce qu’il faut faire, elle le sait : glisser ces lames obscures entre les fibres du corps de la mère, plonger au plus profond de son être, au cœur de la matrice, pour y sectionner petit à petit les liens entre le fœtus et l’organisme qui l’accueille ; une fois qu’il sera isolé, elle lui portera le coup de grâce, l’éteindra doucement, comme on souffle une chandelle, et cette vie s’en ira. Voilà ce qu’il faut faire. Mais savoir ne suffit pas, encore faut-il faire, et bien faire.

Deborah se concentre sur sa tâche au point d’en oublier le temps qui passe et tout son environnement ; ni le chat venu se frotter contre ses jambes, ni les gesticulations sur son tabouret du jeune homme à la vessie trop pleine, ni le vol des insectes, ni le chant des oiseaux nocturnes ne l’ont tiré de son état proche de la transe.



- C’est fini. Va donc aux cabinets, tu m’agaces à t’agiter comme une truite hors de son ruisseau.


Le garçon s’exécute, visiblement soulagé par cette permission, et sors de la maison sans poser la moindre question. Le jeune homme revient avec une mine contrite, jetant sans cesse des regards vers sa belle, encore endormie sur le lit d’un sommeil profond et sans rêve. La sorcière guette ce manège, scrute cette face encore trop poupine pour y chercher les traces d’un amour sincère – ce qui, pour elle, n’engage pas à grand-chose pour des jeunes de leurs âges, sinon à une somme colossale d’ennuis et de pleurs –, les signes d’un réel souci pour Elise. Si elle y avait décelé le moindre désintérêt, le malheureux garçon se serait sans doute trouvé bien accablé par l’un des pires maux de cette terre : la colère de Deborah.
Mais elle n’a lu qu’une détresse innocente, un souci profond ridant son front encore lisse, et les mille regards enamourés coulés vers l’élue de son cœur. Faute d’être attendrie, ou touchée, au moins Deborah n’est-elle pas courroucée, ce qui est déjà beaucoup. Elle ne dira rien aux parents, elle ne dira rien à personne d’ailleurs : ainsi en va-t-il de son art, le secret est un élément essentiel à ses yeux, ceux qui lui demandent secours, quand bien même seraient-ils les pires criminels aux yeux du monde, ont droit au secret. Après… Elle se réserve le droit de châtier comme elle l’entend les inconscients qui se placent sous son pouvoir avec une âme, une conscience et des mains trop sales.



- Elle… Elle ira bien ?

- Oui. Elle perdra ce qu’elle a dans le ventre mais… Mais elle pourra faire passer ça pour des menstrues un peu particulières. Pas de problèmes. Elle n’aura pas de séquelles physiques. Tout ce qu’il pourra y avoir, ce sera dans la tête.

- Dans la tête ?

(Oh, toi tu m’as pas l’air d’être une flèche…)songe Deborah, avant de répondre d’une voix patiente :
- Oui, dans la tête. J’ai vu des femmes qui se portaient très bien après, et d’autres qui ont commencé à déprimer, à perdre goût à la vie, persuadées qu’elles avaient fait quelque chose de mal. Je suis pas là pour les aider à choisir, mais j’assume ce que je fais. Surveille-la, surveille-la bien. Si tu vois le moindre signe qui montrerait qu’elle ne va pas bien, si tu la vois dépérir, tu viens me voir.  Alors je te conseille de garder un œil sur elle, et même les deux, car je saurai, si quelque chose va de travers. Et si je n’en ai pas été averti par toi, tu peux être certain que je vais faire de ta vie un enfer. Clair ?

- Oui madame. Je s’rai prudent, j’vous l’promets…

- Maintenant, on va causer de choses plus sérieuses. Parce que je n’ai pas envie de la revoir pour ça. Ni elle ni une autre femme… Alors écoute-moi bien…



Le jeune homme n’est pas près d’oublier la conversation qui suivit les mots de Deborah. Elle restera gravée dans sa mémoire, parce que ses parents n’avaient jamais pris la peine de lui expliquer certaines choses, et parce qu’il ne pouvait pas imaginer qu’une femme lui parlerait aussi crument des choses de la vie.

Il n’oubliera pas le ton tranchant comme une lame de couteau, le regard rivé dans le sien, les mots lui percutant la pensée comme la masse du forgeron l’acier.

Quant à Elise, elle fut surprise de voir son amant bien moins entreprenant, et si satisfait des baisers dans la paille. A l’idée d’aller plus loin sans avoir régularisé sa situation, une terreur subite le prenait, le visage de Deborah apparaissait dans son esprit, menaçant, et il perdait soudainement tous ses moyens. La sorcière aurait été satisfaite de savoir sa leçon si bien apprise ; elle l’était déjà assez, car nul besoin qu’on vienne lui rapporter les résultats de son action, elle avait la ferme conviction d’avoir réussi.
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MessageSujet: Re: [Histoire] Deborah Cinestra - L'enfant maudit   Lun 11 Sep - 17:18

REVELATION
An 37





L'aurore naissante éclairait le ciel, ses pas, son visage autoritaire et sa pâleur cadavérique. Fière de ce qu'elle était, Deborah ne désirait pas s'ouvrir, préférant s'enfermer dans l'obscurité de la violence et de la terreur. Elle ressentait la haine, l'envie d'en découdre avec le monde, avec les âmes faibles, ces créatures larvaires qui ne contrôlaient pas les événements de leur vie plate et inutile. La sorcière avançait, droite, implacable, prête à tout pour garder cette liberté qui lui avait coulé entre les doigts depuis sa plus tendre enfance.


Depuis presque une semaine, elle avait fait le voyage depuis les Bois de la Pénombre à Strangleronce, veillant toujours à ne pas être remarqué et encore moins suivit. Le chemin, elle le connaissait parfaitement, et si une bête avait l'idiotie de venir s'en prendre à elle, elle finirait simplement en cendre. A droite, à gauche, encore à droite, c'est comme si elle avait la carte en tête, s'enfonçant dans la jungle sombre, encore peu exploré par les téméraires. La forêt se densifie, devenant plus forte, plus massive. La pente est de plus en plus douce, avec de grandes plaques de pierres recouvertes de mousses, rendant le terrain glissant. La forêt lui semblait toujours aussi apaisante, malgré le fait qu’elle avait eu un petit aperçue des dangers que cette splendeur verte et majestueuse pouvait renfermer.


Elle s'arrêta. Un frisson vient à parcourir son échine, son corps semble comme figé par une angoisse inconnue. Ses Dieux anciens elle les connaît assez pour ne plus en avoir la moindre crainte. Mais pourtant, tapis dans l'obscurité, quelque chose d'étrange était présent et c'est tout son être qui lança l'avertissement. Se refusant de se plier à la peur, elle observa les lieux avant de reprendre sa route. La pluie se mit à tomber. Le bruit incessant des gouttes d'eau se heurtant au sol fendait à même les pierres, la tempête qui s'abattait transperçait la brume avec violence, le vent était tellement fort que les feuilles des arbres s'arrachaient une à une de leurs hôtes et frappaient violemment les aventuriers qui n'étaient pas assez prudents.

Deborah plissait les yeux, alors que sa tenue dégoulinait d'eau, quelque chose lui avait échappé. Elle se fraya un chemin parmi les branches et les lianes posant ses petits pieds avec précaution et marchait lentement observant les alentours avec attention.
La route n'était pas la bonne ? À quel moment elle s'était trompée ? Les Loas lui jouaient un mauvais tour pour la tester une fois de plus ?
Devant elle, une immense cascade d'eau grondait, venant se déverser dans un lac qui s'évacuait par une petite rivière. D'étranges pierres aux visages difformes ornaient les lieux. La tempête s'arrêta et il était possible de discerner uniquement le bruit de l'eau. Avait-elle trouvé un autre autel pour invoquer ou même faire une offrande, elle n'en avait pas la moindre idée. Et sa curiosité la poussa à explorer cet endroit encore inconnu.






Deborah prit la décision de s'asseoir sur le bord de l'eau afin de se reposer et remettre en ordre ses idées. Visiblement rien d'hostile n'était visible, elle contempla son reflet dans la source, brouillé par le courant qui circulait. Un léger vent venait à souffler entre les feuillages quand elle pu entendre un faible murmure résonner dans un mauvais présage.

Il n'y a pas d'issue, pas dans cette vie, pas dans la suivante...Tuez les tous, avant que vous ne deveniez le pion d'une pitoyable mascarade...

La femme haussa un sourcil, de son air calme et froid. Elle observa autour d'elle, mais ne vit rien. Sa réflexion se vit troublée et une chose était certaine, la voix n'était pas celle de ses dieux anciens. Quelque chose venait d'entraver son poignet d'une force inconsidérée.
Quand elle baissa les yeux, elle vit un tentacule noir provenant de l'eau du lac. Alors que celui-ci se serrait un peu plus dans un craquement sinistre de ses os, elle remarqua son aura sombre se libérer sans qu'elle ne pu la maîtriser. Le long de ses veines bleuté se mit à courir des lignes d’un noir plus profond que de l’encre, vaisseaux éphémères de fluide d’ombre qui se cristallisent lorsque sa magie opère. Et rapidement, son apparence se troublait, sa peau devenait grisâtre et ses yeux entièrement noirs, quand elle fut tirée dans le bassin. Malgré qu'elle fit en sorte de se débattre, la chose l’entraînait un peu plus au fond, son air se faisait plus limité et ses chevilles étaient à présent entravées.

Votre courage ne suffira pas. Il faut tous les détruire. Les poissons connaissent tous les secrets. Ils connaissent le froid. Ils connaissent le noir. Au fond de l'eau, même la lumière doit mourir.

Une horrible douleur dans le dos. Un feu qui lui dévorait le corps. Quelque chose qui semblait lui mordre à pleines dents la colonne vertébrale. Comme un couteau enfoncé dans l'omoplate, avant d'y être remué dans tous les sens. Une douleur interminable.
Cette sensation fit échos avec celui qui avait tissé un lien de magie noire avec elle. Il pouvait l'éprouver comme si lui-même vivait cette situation.
Deborah continuait de se débattre, venant de sa main libre, prendre sa dague et frapper de la lame acérée les liens. S'extirpant du bassin, elle tenta de retrouver son souffle tandis que le mal s'estompait. Tandis qu'inspirations et expirations se succédaient, elle remarqua quelque chose d'étrange. L'instinct la poussa à regarder par le reflet de l'eau son dos. Au travers de celui-ci, était tracée une étrange et terrifiante cicatrice, qui semblait représenter quelque mystérieux symbole. Sa vision se troubla et elle s'écroula au sol, inconsciente.

Après plusieurs longues heures, elle ouvrit les yeux et dans un geste rapide se mit assise tout en observant les alentours. Le lieu n'était plus le même. Elle était assise au bord d'une colline, sa dague était toujours dans son fourreau et il n'y avait aucune marque sur elle.
Une vision ? Un rêve ? La situation reste encore vague pour elle et sa mémoire semble être perturbée. Deborah prit la décision de retourner à Havrefiel, et trouver ses réponses elle-même.


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